Paris
06/01/2009 -
Jeune prodige

Dès l’âge de treize ans, il effectue ainsi son premier concert professionnel au festival de Cliousclat et se fait remarquer par le trompettiste Clark Terry. Trois ans plus tard, dans une boîte d’Aix-en-Provence, le Gascon Bernard Lubat, fleuron de la "blue note" hexagonale, fait sa connaissance : "Je me produisais ce soir-là avec Michel Portal, quand le père Petrucciani me présente son fils. Je me rappelle m’être dit : 'Mais, qu’est ce que c’est que ce phénomène ? Il joue terrible !' Déjà à l’époque, il maniait le jazz avec passion, luxuriance, un sens du swing inné au service d’un jeu baroque, virevoltant, insolent. J’étais frappé par la force de ses avant-bras et celle de sa musique. Apparaissait devant moi un grand batteur de piano avec un tambour dans le cœur ".
La même année, à la fête dominicale d’un petit village varois, il rencontre celui qui deviendra son ami, son frère, le parrain de son fils, son "ange gardien", Aldo Romano, qui lui présente le jeune producteur d’Owl Records, Jean-Jacques Pussiau, grâce auquel il livre Flash, son premier album, en 1980. "Ce mélange original entre Oscar Peterson et Eroll Garner me ramenait vers notre Italie natale : il en possédait le lyrisme et le goût des mélodies", se souvient le batteur. "C’était un musicien naturel, doté d’une personnalité immédiate. Cet amoureux de la vie la mordait à pleines dents ! " Deux artistes liés, donc, par une complicité forte, interrompue un temps par le départ de Michel Petrucciani pour les Etats-Unis en 1981.
Vers l'Amérique

Ce lancement prestigieux de sa carrière américaine entame une longue liste de collaborations : Roy Haynes, Jack DeJohnette, Gary Peacock, Eddie Gomez, Charlie Haden, Jim Hall, John Scofield, Wayne Shorter, Gerry Mulligan, Dizzy Gillespie…En 1985, à l’âge de vingt-trois ans, il devient ainsi le premier artiste français à signer sur le légendaire label Blue Note. Dès 1994, la maison de disques Dreyfus Jazz accompagne ses nouvelles aventures : l’album Marvellous, entouré de Tony Williams et Dave Holland ; Conférence de presse en duo avec le mythique organiste Eddy Louiss ; et enfin le projet utopique, fantasmé, désiré, avec le géant du violon Stéphane Grappelli, dont émergera l’album Flamingo, vendu à plus de 100.000 exemplaires. En 1997, il tourne en solo à travers toute la France.
Un an plus tard, le journaliste Frédéric Goaty, décide de mener une interview fleuve avec Michel Petrucciani (1) : "C’était pendant trois-quatre jours, en pleine coupe du monde de football ; nous étions assis par terre sur des coussins, et il me racontait sa vie. C’était un personnage marrant, pittoresque, inhabituel, pas langue de bois, déconneur, blagueur, musicien, malin, futé : un sacré loustic qui ne se prenait pas au sérieux ! Il me livrait des témoignages précieux, oscillait entre une amnésie calculée et une hypermnésie exagérée !". "J’admirais son rapport à la vie", renchérit le réalisateur Frank Cassenti, auteur du documentaire Lettre à Michel Petrucciani (2). "Il y avait chez lui cette urgence, la conscience que son existence serait peut-être plus courte que ce qu’il était en droit d’espérer. Son déséquilibre physique touchait au déséquilibre musical, très proche du génie".
Un jazz populaire

Michel Petrucciani a ainsi influencé à sa suite nombre de jeunes musiciens, comme le pianiste Franck Avitabile : "Le premier solo que j’ai retranscrit était un chorus de Michel. Je l’ai rencontré au festival de La Villette. Il avait écouté mon disque et décidé de le produire chez Dreyfus. En tant que directeur artistique, il me prodiguait peu de conseils ; il me montrait plus qu’il ne parlait. Il savait surprendre, se révéler hyper créatif, puis revenir à un langage plus attendu : un art personnel fondu dans le classique. Aujourd’hui encore, il reste très présent dans ma carrière".
Le 6 janvier 1999, Michel Petrucciani s’éteint à New York, des suites d’une infection pulmonaire foudroyante. Dans le même documentaire sur Mezzo, il avait révélé : "Sur mon lit de mort, je dirai : 'Dommage de ne pouvoir vivre encore un an, j’aurais pu être encore meilleur'". Cette existence dévouée à l’art, ce combat pour la vie en musique, cette leçon, bien sûr, continuent à l’infini, de résonner.Anne Laure Lemancel
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