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Les astres zouk de Tanya Saint-Val

Soleil, un album rayonnant


Paris 

19/01/2009 - 

Quelques mois aprÚs avoir tenu le rÎle de Winnie Mandela dans la comédie musicale Soweto, la chanteuse guadeloupéenne Tanya Saint-Val défend sa vision du zouk à travers son album Soleil, fruit de ses retrouvailles avec ses Antilles natales.



RFI Musique : Quel a Ă©tĂ© le point de dĂ©part de ce nouvel album, six ans aprĂšs Ansanm ?
Tanya Saint-Val : Il faut savoir qu’aprĂšs le concert que j’ai donnĂ© Ă  l’Olympia le 16 dĂ©cembre 2002, je suis repartie vivre aux Antilles. Il m’a fallu du temps pour me reconstruire, m’occuper de mes enfants, vivre sous le soleil. AprĂšs, je me suis dit qu’il fallait que je pense Ă  ma musique, mĂȘme si je n’avais jamais arrĂȘtĂ© de composer. Et un concept est nĂ©, autour du soleil et de la lune. L’album Soleil, qui vient de sortir, est la premiĂšre partie. Je voulais ĂȘtre fidĂšle Ă  mon public de dĂ©part, celui qui m’a motivĂ©e, suivie, qui m’a orientĂ©e, donnĂ©e envie de m’exporter avec le zouk. Et dans le second volet qui s’appellera Lune, la deuxiĂšme Tanya – la femme que je suis devenue – a d’autres choses Ă  dire, plus fortes, qui ne peuvent ĂȘtre dites sur une musique comme le zouk.

Soleil ne donne pourtant pas l’impression d’ĂȘtre particuliĂšrement lĂ©ger ?
Tant mieux. C’était un pari. Le zouk, tel qu’on l’imagine, est une musique trĂšs sensuelle, sur laquelle on ne peut pas parler de tout, parce que ça peut bloquer la danse. Sur mon album, il y a forcĂ©ment des chansons de couple, des chansons d’amour avec un grand A, et puis d’autres dans lesquelles j’essaie de souligner que, si nous sommes français sur nos Ăźles, nous ne sommes ni africains ni mĂ©tropolitains. Mais crĂ©oles. On a cherchĂ© d’oĂč on venait, on connaĂźt le passĂ© et il faut enseigner cette histoire-lĂ , mais cette crĂ©olitĂ© doit soulever en nous la volontĂ© de mieux faire. On n’est pas des bĂątards, on est une nouvelle nation. C’est un peu le fil conducteur de l’album, ce qui m’a motivĂ© Ă  l’écrire. Me dire aussi qu’il Ă©tait possible faire du beau zouk, que ce soit une musique qui s’écoute, pas seulement une musique de danse. Et je pense mĂȘme qu’en concert, j’arrive Ă  faire passer davantage d’émotion que sur le CD.

Quand vous avez enregistrĂ© vos nouvelles chansons, les avez-vous prĂ©vues pour la scĂšne, vous qui avez dĂ©jĂ  sorti deux albums live ?
Oui, j’essaie de trouver des choses qui soient faciles Ă  reproduire, retranscrire en live. C’est pour cela que je ne voulais pas trop de synthĂ©s. MĂȘme s’il y a des programmations dans le zouk, toutes les guitares sur cet album sont pratiquement acoustiques. Il y a de vraies percussions, beaucoup de solos de piano
 Je voulais rendre l’album vivant. Je sais que je vais le travailler pour la scĂšne, parce que mon bonheur, c’est de prendre un micro et de partager ma musique avec les gens. Mais mon seul regret, c’est que cette musique ne puisse pas ĂȘtre Ă  l’affiche des festivals – sauf Kassav. Ça m’ennuie.

Le fait d’ĂȘtre retournĂ©e vivre aux Antilles a-t-il changĂ© votre façon de faire de la musique ?
Avant de quitter la mĂ©tropole, j’avais participĂ© au volume 2 d’Autour du blues, avec Paul Personne, Francis Cabrel
 Quand je suis revenue en Guadeloupe, j’étais un peu triste, mais c’était un choix de famille. Je ne voulais pas ĂȘtre cette artiste orgueilleuse qui ne pense qu’à elle et pas Ă  son Ă©poux, Ă  ses enfants, mais je savais qu’en rentrant lĂ -bas, il allait se passer quelque chose : j’allais retrouver mes vraies racines et le zouk allait reprendre le dessus. C’était indĂ©niable. Je suis une zoukeuse, et plus qu’une zoukeuse, je suis une caribĂ©enne.

Vous arrive-t-il encore aujourd’hui d’écouter vos albums prĂ©cĂ©dents ?
Je n’ai pas eu toujours plaisir Ă  réécouter mes anciennes chansons. Quand j’ai commencĂ© dans la musique, je n’avais pas forcĂ©ment confiance en moi. Je savais que je pouvais ĂȘtre chanteuse mais je n’étais pas encore satisfaite. J’entendais des choses que je n’arrivais pas Ă  reproduire. J’ai eu la chance d’avoir trĂšs vite un public qui m’a aimĂ©e, donc j’ai beaucoup de souvenirs avec les premiers albums. Mais j’entends aussi Ă©normĂ©ment d’erreurs. Je ne crois pas que ce sera le cas avec Soleil. Celui-lĂ , j’en suis fiĂšre ! Il a Ă©tĂ© difficile Ă  mettre en place : les disques ne se vendent plus, la musique ne rapporte plus autant, et il a fallu que je monte mon propre label.

Qu’est-ce qui vous a donnĂ© envie de participer, en 2008, au spectacle Soweto, retraçant une partie de la vie de Nelson Mandela ?
C’était une comĂ©die musicale Ă  l’initiative de Serge BilĂ©, un journaliste Ă©crivain, qui a Ă©crit pratiquement tous les textes. J’étais trĂšs enthousiasmĂ©e par le projet tout simplement parce que ça me permettait de m’enrichir. Je n’ai pas eu une grosse culture quand j’étais gamine : l’école, pour ĂȘtre franche, ça ne me disait rien. Lorsque je suis passĂ©e en classe de troisiĂšme et que j’ai dit Ă  ma mĂšre que je voulais faire une Ă©cole de musique, elle a refusĂ©. Ça m’a dĂ©goĂ»tĂ©e. Quand je me suis mariĂ©e, que j’ai eu mes enfants, j’ai compris que la vie avait un autre sens, et je me suis dit qu’il fallait prendre tout ce qui pourrait me fortifier.



 Ecoutez un extrait de Mon petit nom
Tanya Saint-Val Soleil (Netty) 2008

Bertrand  Lavaine