Paris
03/03/2009 -
Il sort Le La, son quatrième album en douze ans. Une pop dépouillée, élégante, méticuleusement construite, et des textes d’une mélancolie racée. Julien Baer reste inclassable.

Plusieurs fois dans son album (sur Pends-le haut, pends-le court et Le La, mais aussi Cité, Concert amer, L’Immobilier), on retrouve le sens mélodique singulier qui l’a révélé, il y a douze ans, quand la chanson Le monde s’écroule a commencé à courir les ondes. Entre pastel et couleurs brillantes, entre non-dit soyeux et vision décapante de notre époque, il s’exprime sur un fond acoustique élégant, dépouillé mais toujours semé de petites curiosités – percussions inaccoutumées, drôles de sons de guitare, instruments traditionnels maliens…
Une cadence relâchée
Le La est son quatrième album depuis 1997, ce qui donne une impression de carrière à la cadence plutôt relâchée. Pourtant, assure-t-il, "je travaille tout le temps, j’écris beaucoup de chansons. Je ne veux pas embêter les gens avec la petite cuisine, mais ce disque a été très long à enregistrer et à mixer, ça a été très long d’arriver au résultat que j’imaginais. On a plein d’instruments et on en veut moins, on passe beaucoup de temps à couper dans les pistes".
Il a d’abord travaillé avec une première équipe, puis s’est tourné vers le producteur Jean Lamoot, qui a réalisé des disques d’Alain Bashung, des Têtes Raides, de Juliette Gréco, de Salif Keita, de Dominique A, de Noir Désir… "Il est assez peu interventionniste. Il fait confiance aux musiciens, il les laisse sentir les chansons, les interpréter, puis il choisit ensuite dans les prises, hors de l’excitation de la séance." Ils ont passé des semaines au studio Ferber et sont aussi partis à Bamako, au Mali, où des musiciens locaux ont apporté des instruments traditionnels et des climats d’Afrique dans les chansons de Julien Baer.
Celui-ci est vraiment un artiste d’aujourd’hui, pour qui le travail d’écriture dépasse la seule composition des chansons : "Le métier n’est plus le même. Il n’y a plus d’arrangeur à qui on donne les chansons pour qu’il les habille. On fait tout en studio avec les musiciens, on expérimente, on retravaille après l’enregistrement". Le chanteur en sait quelque chose : "Il y a une malédiction avec le logiciel Pro Tools : quand on peut tout lire et tout retravailler chez soi, on a un choix infini et on risque de se perdre."
Des chansons modèles

A part un peu de piano-bar, sa carrière s’est dessinée par le disque. "Tout ce qui est autour de nous est impalpable, insaisissable. On ne comprend rien, nous ne sommes pas entièrement maîtres de nos vies, le sens nous en échappe… La chanson remet un peu d’ordre, la chanson recadre tout. Elle me fait l’effet de redistribuer, de réordonner l’incompréhensible. Elle me calme." Et la scène ? "C’est d’autres cordes. C’est un domaine qui m’est étranger : je ne vais jamais au concert, je ne connais pas le désir d’aller voir quelqu’un. Quand j’aime une chanson, l’écouter me suffit, je n’ai pas envie d’aller voir la personne qui la chante." Mais il devrait tourner bientôt avec ses nouvelles chansons.
Bertrand Dicale
21/02/2005 -