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Le nouveau visage des Têtes Brûlées

Un retour attendu


Paris 

05/03/2009 - 

Longtemps resté silencieux et absent des scènes de spectacle, le mythique groupe camerounais les Têtes Brûlées est de retour à Yaoundé avec de nouveaux musiciens et la sortie d'un single. Rencontre avec un des membres fondateurs, le trompettiste Jean-Marie Ahanda.



RFI Musique : Pourquoi les Têtes Brûlées sont-elles restées silencieuses ces dernières années ?
Jean-Marie Ahanda : Il y a eu entre nous des tiraillements, essentiellement à cause de problèmes financiers. Nous n’avons jamais pu vivre de notre musique. Nous avons eu de bons moments en tournée, mais le reste du temps nous vivions une contradiction incroyable : nous étions le groupe le plus célébré au Cameroun mais aussi celui qui n’avait pas de travail et qui était partout indésirable. Le "système" bikutsi (musique traditionnelle du Sud du Cameroun, ndlr) ne voulait pas de nous. J’ai donc décidé de me retirer. Les autres ont voulu insister en trouvant des endroits où ils pouvaient s’exprimer malgré tout, mais ça n’a pas été sans dégâts. Plusieurs mauvaises expériences ont fait exploser le noyau qui restait.

Par quoi a été provoqué le retour du groupe ?
J’ai toujours pensé que les Têtes Brûlées vivraient deux phases : la première prendrait la forme d’une grande illumination, d’une surprise qui agirait comme un éclair aveuglant. Puis une autre, peut-être un peu plus sensible, qui irait plus au fond des choses. Je crois que cette seconde étape est arrivée. Elle a été provoquée par une rencontre avec Tino. Celui-ci s’était retiré depuis quelques années dans son village. Un jour, nous nous sommes retrouvés à l’entrée de la salle où devait se tenir une assemblée de la Cameroon Music Corporation. "Exploitons ce hasard ! J’ai envie que nous collaborions", ai-je dit à Tino. Du coup, nous ne sommes jamais entrés dans la salle pour participer à cette assemblée !

Pourquoi sortez-vous un seul titre ?
D’abord parce que nous n’avons pour l’instant pas les moyens financiers de faire plus. Ensuite, parce que la musique en tant que produit industriel est devenue comme les biscuits ou les bonbons : on peut la vendre au détail. C’est aussi une manière pour nous de draguer le public. Celui-ci nous a trop rejetés après la mort de Zanzibar (jeune guitariste du groupe, ndrl). Les journaux nous accusaient de l’avoir tué. L’un d’eux a même titré : "Si Jean Marie n’a pas tué Zanzibar, il l’a suicidé !" La radio, elle, ne passait plus notre musique. Les gens se sont vraiment mis à détester ce qu’ils aimaient. Cela a été très dur. Nous draguons donc aujourd’hui le public pour que cette querelle s’arrête, avec le single Repentence. Ce morceau apporte d’ailleurs autre chose par rapport à la musique qu’on a l’habitude d’entendre aujourd’hui : ce que nous faisons est plus calme. Les gens ont besoin de nouveauté, de différence. Repentence est aussi une musique pour tous ceux qui nous arrêtent dans la rue pour réclamer les Têtes Brûlées et leur esprit créatif.

Que raconte ce morceau ?
C’est une composition de Tino, qui s’inspire beaucoup de l’Ancien testament. Le texte dit que lorsque la trompette sonnera, les souffrances cesseront, ceux qui ont fait du bien récolteront le bien, ceux qui ont fait le mal récolteront le mal. C’est un hymne chrétien, naïf et réunificateur. On a besoin de ce genre d’ambiance aujourd’hui : les années qui vont venir ne vont pas être très amusantes. Le panorama économique, social et financier montre déjà que ça ne va pas être drôle. Et beaucoup de ceux qui se sont mal orientés vont payer le prix de ce qu’ils ont fait. Cette chanson est 100% en lien avec les arrestations qui ont eu lieu ici dans le cadre de l’opération de lutte contre la corruption Epervier. 


Des années 1980 à 2009 : le parcours mouvementé des Têtes Brûlées

C’est en 1986 que le public découvre les Têtes Brûlées sur les écrans de la toute nouvelle télévision nationale du Cameroun. Visages peints, coiffures étranges, habits déchirés et colorés : les cinq membres du groupe formé autour du trompettiste Jean-Marie Ahanda apportent un air de révolution déjantée dans le monde musical camerounais, alors dominé par le makossa

Grâce au talent exceptionnel de leur jeune guitariste Théodore Epeme dit Zanzibar, les Têtes Brûlées dépoussièrent le bikutsi, une musique traditionnelle du Sud forestier. Le succès est immédiat au Cameroun, comme en Europe. Il est tel que la première tournée des Têtes Brûlées en France fait l’objet d’un film réalisé par Claire Denis, Man no run (1989), après la sortie d’un premier album Essinga. Mais tout change avec la disparition brutale de Zanzibar. Le public camerounais impute son décès à ses camarades et se détourne du groupe, raconte aujourd'hui Ahanda. "Les gens se sont soudain mis à détester ce qu’ils aimaient", dit-il.

Cahin-caha, les Têtes Brûlées poursuivent tout de même l’aventure. Trois disques, Ma musique à moi (1990), Bikutsi rock (1992), Be happy (1995) sont enregistrés. Au fur et à mesure que les années passent, certains de ses membres quittent le groupe, de nouveaux arrivent. Un album, Bikutsi Fever, qui rassemble les meilleurs titres des "Burnt Heads" sort en 2000 sous le label Africa Fête de Mamadou Konté. Un long silence le suit. Le single Repentence, enregistré à New York par Francis Mbappe, marque en 2009 la naissance d’une nouvelle version du groupe. Jean-Marie Ahanda, dernier rescapé des membres fondateurs des premières Têtes brûlées, et le guitariste Jacques Atini, dit Tino, en sont les piliers.   



 Ecoutez un extrait de Repentance

Fanny  Pigeaud