Paris
19/03/2009 -
RFI Musique : Perdu d’avance, c’est un titre plutôt défaitiste pour un premier album…
Orelsan : Cet album, quand je me suis lancé dedans, je bossais comme veilleur de nuit dans un hôtel depuis trois ans et je n’avais aucune perspective. Et puis, faire du rap en venant de Caen, ce n’est pas hyper glamour. Donc c’était vraiment perdu d’avance. Mais cette expression, on peut la prendre sous différents angles : le côté "no future, on va rien faire de nos vies, donc on boit de l’alcool et on fume du shit". Mais dans un sens plus combatif aussi : "Bon, comme c’est perdu d’avance, on va se donner à fond, on va peut-être déclencher un truc inespéré, donc on fonce sans se poser trop de questions".

Vous dites pourtant: "Je suis plus proche de la blague de cul que de l’art de rue"…
C’est pour couper l’herbe sous le pied de mes détracteurs. Je suis un rappeur, mais je ne suis pas non plus un activiste hip-hop, même si je respecte évidemment cette culture. Je me suis façonné ma propre culture avec les mangas, les comics, le cinéma asiatique, le rock et la variété, les jeux vidéos… Je suis le produit de toutes ces influences.
Vous auriez pu signer avec une major. Pourquoi avoir choisi le label indépendant Cinq7?
Ils ont compris le concept. Je viens de Caen, avec un album super personnel, je suis un enfant de la classe moyenne et je n’ai pas vraiment une vie très palpitante mais j’essaye d’être le plus vrai dans mes textes. Je voulais rester fidèle à mon univers.
Dans une chanson, vous dites : "Mon album, c’est les chroniques d’un névrotique"…
C’est un petit peu exagéré. Je ne me suis jamais fait tamponner à l’hôpital comme "névrotique". Mais quand tu te retrouves le soir, seul devant ta feuille blanche, tu noircis un peu le tableau. Il y a dans l’écriture une dimension auto-psychanalyse. Parler à son cahier, ça te retire un poids. Ma psyché et la noirceur restent mes principales sources d’inspiration, même si j’adore manier l’humour et la dérision.
Certains textes comme 50 pourcents dégagent également une violence crue, parfois trash…
C’est ma liberté d’artiste. Et puis, c’est juste du vocabulaire, je pourrais dire ce que je veux, ça sera toujours moins hardcore qu’une série sur TF1 où un type se fait buter en cinq minutes sans raison à 20h30.

Dans Changement, vous pointez l’incompréhension béante entre générations. Vous pensez que vos textes peuvent aider les adultes à mieux comprendre les jeunes ?
Je n’ai pas cette prétention. S’ils écoutent mes textes, les "seniors" vont surtout comprendre pourquoi ils ne comprennent rien à la jeunesse.
La chanson Peur de l’échec se termine avec un solo de guitare digne d’un morceau de hard-rock…
Il nous a été offert par Ron Thal, le nouveau guitariste de Guns’n’Roses. Un de nos amis à Caen distribuait ses albums. On l’a contacté, il a écouté notre morceau et il a gentiment apporté sa contribution.
Eric Mandel
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