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Le compas, le pouls d’Haïti

De Tabou Combo à Ti Kabzy


10/04/2009 - 

Au milieu des années 50, Haïti a vu naître l’un des rythmes les plus populaires des Antilles francophones : le compas, précurseur du zouk. Parmi ses dignes représentants, Tabou Combo, localisé à New York, submerge la planète de sa rythmologie tropicalo-funky, depuis exactement 40 ans ! En direct de Montréal, le groupe Ti Kabzy épice la racine de couleurs pop, rock, reggae, pour représenter le "compas nouvelle génération". Deux formations à apprécier lors du festival Mizik Factory.



Haïti : une île ravagée par la misère, les dictatures, les crises politiques, et les catastrophes naturelles. Une terre, également, au carrefour d’un riche réseau d’influences, bâti sur une histoire chaotique. Sous domination espagnole, ce pays subit les colonisations française et anglaise (sud de l’île), avant de tomber sous seul joug hexagonal. C'est en 1804 qu'Haïti proclame son indépendance, un an après la mort de Toussaint-Louverture. Dès 1915, l’occupation américaine importe le jazz, dont les quatre lettres désignent sur l’île, une réunion de musiciens. Dans les musiques sophistiquées de l'île, se nichent donc les pistes occidentales, mêlées aux couleurs de l’Afrique, apportées par l’esclavage et présentes notamment dans la "musique racine".

Au milieu des années 1950, le saxophoniste Jean-Baptiste Nemours invente un nouveau style qui deviendra le manifeste du pays, et son plus fidèle ambassadeur : le compas. Dérivé du merengue national, dont le tempo se ralentit, il ne désigne pas seulement un rythme, mais aussi une manière de danser, de se vêtir, de parler. "Toute une culture se développe autour de lui", souligne Yves Joseph, alias Fanfan, compositeur, chanteur et manager de Tabou Combo. Très vite, ce cocktail savamment épicé, irrésistible et dansant, s’intensifie et submerge les Antilles francophones pour devenir le terreau d’une autre bande-son : le zouk.

L’explosion Tabou Combo : 40 ans !

Parmi les porte-étendards du genre, Tabou Combo se place aux premières loges. Leur aventure débute en 1967 dans une petite église de Pétion-Ville (banlieue de Port-au-Prince), où les musiciens Albert Chancy et Herman Nau se produisent pour la première fois. L’année suivante, ils adoptent leur nom définitif pour initier une ascension fulgurante : en 1969, Radio Haïti les sacre Meilleur groupe de l’année. Une reconnaissance qui dépasse vite les frontières du pays – jusqu’au Japon ! – dès l’installation du groupe à Brooklyn fin 1970.

Leur généreux mélange de rara (musique de carnaval en Haïti), de tambours vaudous, d’héritage européen (quadrille, contredanse), se pare des sonorités funky en vogue, et engendre ce qui sera leur marque de fabrique : le "compas-funk". En 1974, le tube New York City submerge l’Europe et arrive en tête des ventes françaises. De Juicy Lucy emprunté par Maurice Pialat pour son film Police (1985) à la reprise de leur chanson Mabouya par Carlos Santana (2002), d’Olympia en Zénith combles, la réputation de Tabou Combo ne faiblit pas en quarante ans de carrière. "La traversée a été rude comme toute autre, qu’il s’agisse d’expéditions ou de musique", explique Fanfan. "Il y a eu beaucoup de séparations, mais surtout de fructueuses rencontres avec de jeunes talents, qui ont su apporter leur quote-part à l’évolution".

Le succès repose aussi sur un triptyque inébranlable : "respect, discipline, persévérance", un code qui accepte triomphes comme échecs, mais tient bon la barre. Avec pour volonté première de garder le cap du populaire et de faire danser les gens, Tabou Combo n’en infiltre pas moins des messages politiques et sociaux dans ses paroles. Ainsi, un titre du prochain album devrait évoquer la présidence d’Obama dont Fanfan se revendique fervent supporter. "Je voudrais vivre dans un monde où il y ait moins de gens affamés, illettrés, et plus d’opportunités pour les jeunes car ils représentent l’avenir". Ce dernier a d’ailleurs créé la Fondation Fernande-Joseph, qui s’occupe de scolariser les enfants défavorisés.

Le compas nouvelle génération : l’exemple Ti Kabzy


Durant ces quarante ans, le style a bien sûr évolué. Avec la technologie, l’influence du zouk, le hip hop et des arrangements plus occidentaux, il est désormais aisé de distinguer le genre traditionnel du "compas nouvelle génération", auquel s’adapte Tabou Combo. Des groupes comme Top-Vice, ou des artistes comme Wyclef Jean (Fugees) teintent ainsi le paysage d’autres nuances.

Parmi eux, les musiciens de Ti Kabzy, groupe basé à Montréal, assaisonnent leur compas d’accents reggae, pop, rock, rap et même country. Leur double appartenance – haïtienne et canadienne – suscite une musique hybride, qui place un peu plus le genre sur la scène internationale. "Ce qui au début, semblait n’être qu’une partie de plaisir entre un père et un fils (Raymond et Jean-Sébastien Duperval, guitare et claviers, ndlr) pour amuser la galerie et faire danser la communauté haïtienne de l’Estrie (ndlr : région du Québec), s’est avéré une montée en flèche vers le succès", raconte Jean-Sébastien. "Musique de divertissement, notre art reflète ce qui s’exprime autour de nous. Notre style s’inscrit aussi bien dans les tendances (le twoubadou à son époque ou le ragga à une autre période), que dans une totale innovation. Chacune de nos chansons possède sa propre couleur (merengue, zouk, calypso, raggaton…)."

Et si, grâce à Ti Kabzy notamment, le compas s’exporte, il n’a pourtant pas encore l’ampleur d’autres genres musicaux : "Il s’internationalise, certes, mais à un rythme beaucoup trop lent, un peu à l’image du développement d’Haïti, remarque amèrement Jean-Sébastien. Le meilleur moyen de le faire connaître serait d’avoir des étrangers qui vivent l’expérience sur notre île. Mais pour cela, il faudrait un marché touristique, ce qui nécessite une stabilité politique…"
Pour l’heure, Tabou Combo et Ti Kabzy viennent jusqu’à nous avec le festival Mizik Factory à Paris ! Une soirée pour faire le plein de vibes ensoleillées…



 Ecoutez un extrait de Men Bato (Tabou Combo)
 Ecoutez un extrait de Le tempo du kompa (Ti Kabzy)
En concert à Paris à la Grande Halle de la Villette, le 11 avril : Nuit du Kompa


 

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Anne Laure  Lemancel