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Didier Awadi, un libre penseur accuse

Un album pour l'Europe


Paris 

22/04/2009 - 

Pionnier du mouvement hip hop sur le continent noir avec Positive Black Soul, Didier Awadi est aujourd´hui encore - plus de vingt ans après ses débuts - un de ses principaux activistes francophones. Lauréat du Prix RFI en 2003, il espère toujours que ses textes et ses musiques participeront à résoudre les maux de l´Afrique. A cet effet, il publie pour le marché français un album réunissant de larges extraits de Sunugaal, son dernier opus africain et quelques titres inédits.



Son propos en wolof et français est clairement politique, engagé et militant. Dans son cas, on peut même parler de crédo, tant les diatribes enflammées de Didier Awadi ont des allures de ligne de conduite pour de larges pans d´une jeunesse africaine souvent délaissée par les élites politiques de leurs pays, quand elle n´est pas mal traitée, niée ou condamnée (enfants soldats...). Didier est sans équivoque à ce sujet : "La musique, c´est l´alibi, clame-t-il, pas juste un amusement. Elle doit faire réfléchir, apporter de l´info que ce soit sur le SIDA ou sur tout autre sujet qui nous concerne directement. Tout ce que je fais doit servir."

Impliqué dans les réseaux altermondialistes et aux côtés des associations qui défendent les droits de l´enfant africain, il se bat aussi bien contre les accords de partenariat économique qu´il dénonce dans On ne signe pas, une chanson au verbe explicite, enregistrée en compagnie de Bouba Kirikou, que pour l´inscription des nouveaux nés sur les registres de l´Etat civil.

Même pas peur


En 2003, Awadi publiait en Afrique, puis quelques mois plus tard à travers le monde, un album simplement baptisé Un autre monde est possible. Bien que signé en édition par la major Sony, ce disque commercialisé ici par une petite structure n´eut pas la reconnaissance qu´il méritait. Sunugaal, l´an passé ne traversa même pas la Méditerranée. "C´est pourquoi j´ai choisi de revenir avec cet album composite", explique le rappeur qui a confié à ULM, un label de la major Universal, la distribution française de son nouvel album.

Interrogé sur l´apparente contradiction entre son engagement aux côtés des altermondialistes et sa collaboration avec la major du disque, Awadi répond du tac au tac : "Tant que je conserve mon entière liberté artistique, tant que la major ne m´impose rien dans ce domaine, je ne vois pas où est le problème. Je n´ai pas peur du marché, pas peur des logiques de marché. Je veux juste un marché où tout est équitable."

Qui leur dira ?


Pour lui, le dilemme, si dilemme il y a, ne réside pas dans la collaboration avec une major, mais dans la possibilité ou non de faire entendre son propos, son point de vue aux oreilles des Européens. "Je peux prendre le risque de ne pas exister ici, mais qui participera au débat d´idée ? Qui dira d´autres vérités sur l´émigration ? Qui donnera le point de vue africain ? Qui dira que les jeunes Sénégalais et plus généralement tous les jeunes Africains qui s´embarquent sur des coquilles de noix ou se cachent dans les trains d´atterrissage des gros porteurs, sont des jeunes déçus par les choix de leurs gouvernants ? Qui dira que ces jeunes n´arrivent même plus à survivre - je dis bien survivre et même pas vivre - chez eux ? Qui répondra à ceux qui disent que la France ou l´Europe ne peuvent pas accueillir toute la misère du monde, que la misère du monde, ils en sont responsables aussi ? Qui leur dira que si les pêcheurs sénégalais n´ont plus de poissons dans leur filet, c´est parce que des bateaux européens viennent en toute impunité pécher, braconner dans nos eaux territoriales ? Qui leur dira que nos pays sont appauvris par l´Europe avec la complicité de nos élites ? Qui leur dira que les Africains sont aujourd´hui victime du racisme ? Qui leur dira que nous avons comme eux le droit de voyager ? Qui leur dira clairement ?"

Avec de tels propos, Awadi n´a pas que des amis. "Mon discours ne plaît pas à nos dirigeants. Il trouve par contre un bon écho dans le peuple. Certains me considèrent même comme leur porte-parole. Un rôle que je n´ai pas la prétention de tenir" confesse rapidement l´homme au mic. "Je suis plutôt un libre penseur qui tient à dire des choses, à lâcher ses coups de gueule comme ses moments de joie, car la musique c´est avant tout des moments de vie." Des moments de vie qu´il compte bien partager cet été sur scène, lors de quelques festivals sur le vieux continent.



 Ecoutez un extrait de Les Misérables
 Ecoutez l'émission Musiques du monde avec Didier Awadi

Didier Awadi. Sunugaal  (ULM/Universal) 2009

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