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Le diptyque atypique de Gino Sitson

A cappella et accompagné


Paris 

13/05/2009 - 

Auteur d’un quatriĂšme album intitulĂ© Way to Go, qui sera suivi dans quelques mois par Listen, le Camerounais Gino Sitson a dĂ©libĂ©rĂ©ment choisi d’exprimer la dualitĂ© de sa personnalitĂ© artistique en se prĂ©sentant sur deux fronts diffĂ©rents. S’il a d’abord Ă©tĂ© remarquĂ© pour ses talents de vocaliste qu’il tient Ă  continuer Ă  exprimer en solo, c’est avec ses complices musiciens qu’il est parvenu Ă  se faire une place dans le monde du jazz aux États-Unis.



RFI Musique : Qu’est-ce qui vous a conduit Ă  enregistrer deux disques qui seront commercialisĂ©s Ă  quelques mois d’intervalle ?
Gino Sitson : Dans mes deux prĂ©cĂ©dents albums, il y avait une partie a cappella et une autre orchestrĂ©e avec des instruments. Cette fois, j’ai voulu faire deux projets diffĂ©rents. Pour Way to Go, je voulais prĂ©senter le quartet avec lequel je joue depuis que je suis arrivĂ© Ă  New-York, il y a neuf ans. J’aurais pu avoir plein d’invitĂ©s mais je voulais dire : "Voici ce que vous Ă©coutez quand vous venez me voir en concert". Et puis il y a le projet a cappella que je continue depuis quinze ans et auquel je tiens absolument. Avec Listen, je voulais croiser ma voix Ă  celles des autres, ce que je n’ai pas fait auparavant

Sur ces deux projets, les sources d’inspirations sont-elles diffĂ©rentes ?
Je crois que ce sont deux mises en forme diffĂ©rentes et une mĂȘme inspiration, parce que je me nourris essentiellement de mes racines ouest-camerounaises et africaines en gĂ©nĂ©ral. Elles sont lĂ , visibles, naturelles. Je ne les cherche pas mais je n’ai pas envie de penser Ă  une couleur prĂ©cise parce que je n’aime pas qu’on m’identifie Ă  un musicien camerounais. Je prĂ©fĂšre qu’on dise que je suis un Camerounais qui fait de la musique. J’ai baignĂ© dans plusieurs univers donc j’ai du mal Ă  donner un nom Ă  mon Ă©criture musicale. Parfois, des musiciens me disent que ça sonne comme du Bach !

Vos Ă©tudes d’ethnomusicologie vous servent-elles dans la pratique ?
Quand j’étais plus jeune, je m’intĂ©ressais aux musiques amĂ©ricaines : Ă  quinze ans, je voulais ressembler Ă  Marvin Gaye. On m’appelait Marvin Sitson ! En faisant ces Ă©tudes-lĂ , j’ai dĂ©couvert l’envie de plonger dans ma propre culture. Ça m’a aussi aidĂ© Ă  avoir une assise sur diffĂ©rentes musiques. Mais aujourd’hui, je m’interdis de trop penser, sinon ça va devenir cĂ©rĂ©bral, trop abstrait. L’idĂ©e, c’est de rester brut mais d’arranger de telle maniĂšre que ce soit trĂšs subtil, de laisser croire que c’est facile.

Qu’est-ce qui vous a fait basculer du cĂŽtĂ© du chant alors que vous Ă©tiez musicien ?
L’histoire est incroyable. J’avais treize ou quatorze ans et je jouais de la batterie dans un groupe. Comme le chanteur ne connaissait pas les paroles d’un morceau de Marvin Gaye, on m’a demandĂ© si je voulais chanter. J’ai dit oui mais j’avais peur : chanter, c’est se mettre Ă  nu. Et j’y ai pris goĂ»t. J’avais envie d’exister, au sens Ă©tymologique du terme. Sortir de moi-mĂȘme. J’avais peut-ĂȘtre des prĂ©dispositions dans la mesure oĂč j’étais entourĂ© de musique. Ma mĂšre chantait Ă  longueur de journĂ©e, mon frĂšre jouait de la flĂ»te. Et avec mon petit frĂšre, qui est aussi musicien, on tapait sur n’importe quoi 


Pourquoi avoir privilĂ©giĂ© une approche instrumentale de la voix ?
Je voulais travailler cet instrument lĂ  de façon diffĂ©rente de ce qu’on a l’habitude d’entendre. Pas forcĂ©ment avoir une belle voix devant un orchestre Ă  cordes. Quand je suis au Cameroun, on me demande : "Tu chantes seulement ? Tu ne joues pas de la guitare ?" Mais ce que je peux faire Ă  la voix, peut-ĂȘtre que la guitare ne peut pas le faire techniquement ou aussi rapidement !



 Ecoutez un extrait de Way to go


Gino Sitson Way to Go et Listen (Alessa Records) 2009

Bertrand  Lavaine