Paris
13/05/2009 -

Sur ces deux projets, les sources d’inspirations sont-elles différentes ?
Je crois que ce sont deux mises en forme différentes et une même inspiration, parce que je me nourris essentiellement de mes racines ouest-camerounaises et africaines en général. Elles sont là, visibles, naturelles. Je ne les cherche pas mais je n’ai pas envie de penser à une couleur précise parce que je n’aime pas qu’on m’identifie à un musicien camerounais. Je préfère qu’on dise que je suis un Camerounais qui fait de la musique. J’ai baigné dans plusieurs univers donc j’ai du mal à donner un nom à mon écriture musicale. Parfois, des musiciens me disent que ça sonne comme du Bach !
Vos études d’ethnomusicologie vous servent-elles dans la pratique ?
Quand j’étais plus jeune, je m’intéressais aux musiques américaines : à quinze ans, je voulais ressembler à Marvin Gaye. On m’appelait Marvin Sitson ! En faisant ces études-là, j’ai découvert l’envie de plonger dans ma propre culture. Ça m’a aussi aidé à avoir une assise sur différentes musiques. Mais aujourd’hui, je m’interdis de trop penser, sinon ça va devenir cérébral, trop abstrait. L’idée, c’est de rester brut mais d’arranger de telle manière que ce soit très subtil, de laisser croire que c’est facile.

Qu’est-ce qui vous a fait basculer du côté du chant alors que vous étiez musicien ?
L’histoire est incroyable. J’avais treize ou quatorze ans et je jouais de la batterie dans un groupe. Comme le chanteur ne connaissait pas les paroles d’un morceau de Marvin Gaye, on m’a demandé si je voulais chanter. J’ai dit oui mais j’avais peur : chanter, c’est se mettre à nu. Et j’y ai pris goût. J’avais envie d’exister, au sens étymologique du terme. Sortir de moi-même. J’avais peut-être des prédispositions dans la mesure où j’étais entouré de musique. Ma mère chantait à longueur de journée, mon frère jouait de la flûte. Et avec mon petit frère, qui est aussi musicien, on tapait sur n’importe quoi …
Pourquoi avoir privilégié une approche instrumentale de la voix ?
Je voulais travailler cet instrument là de façon différente de ce qu’on a l’habitude d’entendre. Pas forcément avoir une belle voix devant un orchestre à cordes. Quand je suis au Cameroun, on me demande : "Tu chantes seulement ? Tu ne joues pas de la guitare ?" Mais ce que je peux faire à la voix, peut-être que la guitare ne peut pas le faire techniquement ou aussi rapidement !
Bertrand Lavaine
13/05/2009 -
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