Paris
24/07/2009 -

Aller-retour
Athanase Obed Dehomou s’est mis à la trompette après avoir entendu Louis Armstrong et Miles Davis. Pour lui, la musique est "la seule chose marquée positivement par cette sombre période de l’histoire". Embarqués au Bénin, à Ouidah, berceau du vaudou, puis débarqués à Haïti, au Brésil ou aux Etats-Unis, les esclaves ont emmené avec eux des cloches, des rythmes, des chants, des prières sacrées.
Après l’abolition, certains affranchis ramenèrent au Bénin l’expérience musicale de "l’autre côté". Dans leur quatrième disque, Assiko, le morceau La Porte du non retour raconte cette douloureuse histoire mais en retient l’héritage culturel : la naissance du blues, du gospel, du swing…

Les dix membres du groupe ont une expérience différente de la musique. Mais tous entendent un peu d’Afrique dans le jazz et les fanfares de la Nouvelle Orléans. Lors de leurs tournées, ils s’aperçoivent que les cloches, les rythmes traditionnels béninois ramènent aussi les Brésiliens, Haïtiens ou Américains à leur propre culture.
Athanase se rappelle : "En tournée à Haïti, nous avons été invités dans un couvent vaudou. Une grande cérémonie avait été organisée pour nous. Nous étions vraiment honorés, car les gens nous interrogeaient sur notre façon de pratiquer le vaudou. Ils disaient par exemple, de génération en génération, des incantations yoruba et fon (langues parlées au Bénin, ndr), sans vraiment en comprendre le sens. Les percussionnistes jouaient des phrasés que nous pratiquons au Bénin, mais avec des nuances, des apports et une force nouvelle". Un passionnant aller-retour que redessine en filigrane la musique du Gangbé Brass Band…
Entrées multiples
D’ailleurs, en 1994, le tout jeune Gangbé Brass Band fait la première partie d’un concert de Fela au Centre Culturel Français de Cotonou. Après le concert, le "Black President" leur donne sa bénédiction en deux phrases : "Vous avez tout compris. Persévérez dans ce sens." Le Gangbé lui a rendu hommage en reprenant Colo-Mentality sur deux de ses albums. Sur Assiko, on entend aussi l’énergie afro-beat.
Un peu plus de dix ans plus tard, le milieu du jazz valide également le groove Gangbé. En 2005, la fanfare se produit au festival de jazz de Montréal. Artistes et public approuvent aussi l’entraînante formule cuivres et percussions béninoises. Mais, bien sûr, quand le Gangbé joue au Bénin, le public entend des nuances de rythmes que les Haïtiens ou les jazzmen ne perçoivent pas.

Par exemple, dans le morceau Miwa, le Gangbé Brass Band joue le rythme Kpamounouhoun, pratiqué dans le sud-est, à Porto Novo, notamment pour demander une jeune fille en mariage. Athanase explique : "Ce rythme se joue en tapant sur des assiettes en métal. On valorise les rythmes de tout le pays car beaucoup sont inconnus. Le Bénin est un petit pays, mais nous avons vingt départements qui possèdent leurs propres rythmes".
Une mise en valeur que l’enthousiaste fanfare a commencée il y a plusieurs années, avec le projet de collectage de "La Boite à Rythmes vaudou" et qu’elle poursuit à sa manière dans Assiko. A propos, glisse Athanase, le Gangbé Brass Band vient d’avoir une nouvelle idée pour valoriser la pratique des instruments à vent au Bénin : organiser une rencontre internationale des fanfares à Cotonou ! "Notre travail montre aussi qu’on peut faire de la musique traditionnelle autrement. Les anciens ont accepté de nous livrer la musique vaudou. Fela nous a encouragés. A chaque voyage, on s’est aperçu de la force symbolique de notre musique. Alors, on a persévéré", se rappelle Athanase.
Assiko, le nom de ce quatrième album signifie "Le moment est venu". De s’engager pour construire son pays, mais aussi pour le Gangbé Brass Band de connaître le succès qu’il mérite.
Eglantine Chabasseur
04/06/2007 -
31/08/2004 -