Reportage
Paris
06/08/2009 -

Ils étaient tous là : Vieux Farka Touré et Bassekou Kouyate, Tony Allen et les Congolais de Konono n°1, Amadou & Mariam et Ebony Bones, Rachid Taha et Roots Manuva, Souad Massi la douce et l’"électrublion" U-Cef, Oumou Sangaré et son "frère" Cheick Tidiane Seck… Se croisaient aussi dans les couloirs de l’Hôtel de Ville d’improbables légendes comme le producteur britannique Nick Gold, à la tête du label World Circuit, célèbre pour avoir remis le Buena Vista Social Club sous les feux de la rampe. Ou encore Don Letts, acteur phare de la scène punk, dj, réalisateur et proche des Clash.
Dans les étages, des bœufs s’improvisent, les interventions scéniques s’organisent. "Tu joues avec moi ?". Hop ! Répétition de dix minutes ! En tout, 128 artistes recensés fourmillent dans les vieilles pierres. Pour certains, la soirée s’impose comme celles des retrouvailles avec les amis de longue date ; pour d’autres, la fête donne surtout l’occasion de côtoyer les pères, les idoles, ou de susciter des rencontres surprises. Un maître-mot s’impose : le dialogue, dans un esprit familial et bon-enfant.
Parmi tout ce beau monde, un regard bleu-azur, à faire se pâmer la gent féminine ici présente, veille scrupuleusement sous les rebords de son chapeau, au bon déroulement de la soirée. Maître de cérémonie, Damon Albarn, à l’écoute, conseille, avise, aide, héros très discret qui rayonne de sa présence. D’un voyage passionné au Mali en 2005, le leader de Blur et Gorillaz revient avec cette idée : fonder des soirées dans lesquelles se côtoient artistes africains et occidentaux, élaborer une vitrine musicale dont tous puissent être fiers. Africa Express est né : direction Kinshasa, Lagos, Londres, Liverpool et maintenant… Paris, dans le cadre du festival Fnac Indétendances, à Paris-Plages.
Message de paix

Un parfum d’été flotte bien sur l’immense place, à mesure que le flot des spectateurs, inondé de soleil, grossit. Le lieu est noir de monde, lorsqu’Amadou et Mariam, le couple le plus célèbre du Mali, entame la première partie. C’est bientôt au tour du guitariste Vieux Farka Touré, fils et digne héritier d’Ali Farka, d’inaugurer Africa Express. S’enchaîne ensuite, et pendant plus de cinq heures, le bal des rencontres imprévues, heureux inattendus tissés de spontanéité : le n’goni de Bassekou Kouyaté frotté au flow hip-hop, la batterie et l’énergie de U-Cef à l’univers pop, la fanfare de l’Hypnotic Brass Band (tout droit venu de Chicago) relayé par le show coloré et décalé de la tonitruante Ebony Bones.
Derrière son piano, Damon Albarn fait de brèves apparitions, kiffe ses notes groovy essaimées sur la transe des Congolais électriques de Konono n°1. Puis se risque sous les projecteurs aux côtés de Catherine Ringer, pour quelques minutes de bonheur déjanté. Il achève enfin le show vers minuit, avec son copain qui tangue, Rachid Taha. Ensemble, ils sautent, dansent, et revisitent ce tube punk, le poing brandi, pour démolir la baraque, et la reconstruire, plus belle : Rock The Casbah. Un brûlot point d’orgue, qui convainc définitivement un public aux anges.
"Cette soirée contribue à faire passer un message", expliquait peu avant dans la soirée la diva Oumou Sangaré. "Un message de paix et d’union. Nous autres, artistes, nous entendons très bien ! Ce serait merveilleux que les dirigeants de ce monde essaient de faire comme nous, et se donnent enfin la main…" Belle leçon.
Trois questions à … Cheick Tidiane Seck Avec sa bouille lunaire, le guerrier des claviers, compositeur toucouleur et virtuose de la fusion, rend hommage à Damon Albarn. L’artiste Malien fustige au passage l’attitude des "grands médias" face à la musique africaine. ![]() RFI Musique : Comment avez-vous atterri dans l’épopée Africa Express ? Cheick Tidiane Seck : Marc-Antoine, le manager d’Amadou et Mariam, qui travaille pour l’organisation d’Africa Express, m’a convié à cette fête, dont j’adore l’idée ! Elle prodigue à l’Afrique une belle ouverture. C’est ce que j’essaie de faire depuis six ans avec Jam’Sahel*, en faisant jouer 200 musiciens. Des gens suivent, d’autres traînent la patte, mais le truc grandit ! Quand je vois des initiatives dans cette lignée, je dis "Bravo !", pourvu qu’elles soient encouragées, et franchissent les frontières. Ce genre d’événements est-il nécessaire pour la reconnaissance de la musique africaine ? La notoriété de Damon Albarn contribue-t-elle à la médiatisation de la soirée ? * Journée de lutte contre la désertification : http://www.jamsahel.org/, |
Anne Laure Lemancel
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