Paris
25/09/2009 -
Les 25, 26 et 27 septembre, la Béninoise Angélique Kidjo pilote au Cirque d’Hiver à Paris un hommage à la chanteuse sud-africaine Miriam Makeba, décédée en novembre 2008. En attendant le lever de rideau, Angélique Kidjo revient sur sa fascination pour "Mama Africa", qui a commencé au milieu des années 1960…

Vous vous rappelez des morceaux de Miriam Makeba qu’on entendait au Bénin quand vous étiez petite fille ?
Je me rappelle notamment d’un morceau que m’avait appris ma mère The Retreat Song. C’était devenu le chant de ralliement des femmes béninoises qui demandaient plus de droits : le droit de vote, le droit à l’avortement, etc. Ma mère et ses copines ont pris la mélodie de Miriam Makeba et ont écrit des paroles en fon (langue béninoise, ndr), pour dire qu’une femme n’est pas un objet, mais l’avenir de l’humanité. A seize ans, j’ai adapté les 3 Z, qu’elle avait écrit quand elle était au Zaïre, à la gloire du fleuve et du pays… Par ma voix, c’est devenu les 3 B, pour Bénin : cette chanson a constitué mon premier enregistrement à la radio nationale en 1976.
Miriam Makeba a vraiment jalonné toute votre carrière…
Complètement ! Pour moi ce n’est pas seulement une chanteuse, c’est un tout, une femme forte, qui a toujours dit ce qu’elle pensait, dans ce métier d’homme. Musicalement, le fait de reprendre ses chansons m’a poussé à me rapprocher le plus possible d’elle. C’était un travail au quotidien, j’apprenais très vite, phonétiquement. C’est aussi par la musique sud-africaine que les harmonies sont arrivées dans ma vie, parce qu’au sud du Bénin d’où je viens, la musique est très linéaire. Même aujourd’hui quand j’écris des chansons, je monte toujours mes chœurs comme une partie d’instruments, à l’image des chœurs sud-africains.
En 1989, quelques années après votre arrivée à Paris, vous avez fait la première partie de Miriam Makeba à l’Olympia…
Cela a été très fort émotionnellement. Personne ne m’avait prévenu du choc que c’était de rencontrer son idole. Elle était en tournée, très fatiguée, mais très douce, et gentille. "Ah, ma fille, vas y…" Généreuse. C’était la première fois que je la voyais en concert de toute ma vie, et il fallait en plus que je fasse sa première partie ! J’étais tellement impressionnée que j’en étais malade d’émotion. Je grelottais, j’avais de la fièvre, mais évidemment j’étais très contente… Nous sous sommes revues plusieurs années plus tard en Suisse, puis nous nous sommes rapprochées.

Pourquoi avez-vous décidé de rassembler autour de vous d’autres femmes africaines pour lui rendre hommage ?
Beaucoup de chanteuses d’Afrique ont été influencées par Miriam Makeba d’une façon ou d’une autre. Quelque part, toutes autant que nous sommes, nous lui devons énormément : elle nous a ouvert la voie et il ne fallait pas que son sacrifice soit vain. C’est une figure complètement trans-générationnelle. Elle a beaucoup voyagé en Afrique de l’Ouest, elle a joué à Dakar, au Bénin, au Ghana, Nigéria, Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire et elle y a marqué les esprits. Sur la scène du Cirque d'Hiver, il y aura Sayon Bamba Camara, une Guinéenne, parce que la Guinée a joué un rôle important dans sa vie. Elle y a vécu quatorze années. Il y aura aussi Rokia Traoré, Asa, Ayo, Dobet Gnahoré… Mais aussi un chœur sud-africain et Vusi Mahlasela, seul homme parmi les femmes !
Comment va se dérouler votre hommage ?
Elle voulait vous transmettre le flambeau de sa musique, êtes-vous prête à l’assumer aujourd’hui ?
Pas du tout ! C’est beaucoup trop lourd ! Je porte déjà l’Afrique sur mes épaules, c’est déjà pas mal. Une seule femme ne pourra jamais prendre la relève de Miriam Makeba. C’est pour cela que j’ai invité toutes ces artistes, pour qu’elles aillent au fond d’elles mêmes, pour trouver la force, et qu’à plusieurs, on rende hommage comme il se doit à l’immense Miriam Makeba.
Eglantine Chabasseur
10/11/2008 -
04/05/2007 -
25/05/2000 -
18/03/1999 -