Chronique album
Paris
13/10/2009 -
"La réussite ivoirienne est une exception en Afrique." Voici le genre de phrase que les lycéens français pouvaient lire dans leurs manuels d’histoire géographie, il y a encore une quinzaine d’années. Stabilité politique, développement économique : la Côte d’Ivoire faisait figure de modèle sur le continent. 

Abidjan, la capitale d’alors, a fonctionné comme un aimant dans toute la sous-région. On y trouvait du travail, des opportunités, y compris dans le milieu artistique. Du Sénégal au Congo, en passant par le Mali, le Cameroun, nombre de chanteurs et instrumentistes de premier plan s’y sont retrouvés dans les années 1970.
Si ce rôle de carrefour culturel est aujourd’hui bien connu, en revanche on en sait nettement moins sur le bénéfice que la scène locale a tiré de cette synergie créatrice. C’est cet éclairage qu’apporte la compilation Côte d’Ivoire - West African Crossroads, avec des titres enregistrés entre 1966 et 1985 par les vedettes ivoiriennes de l’époque.
L’évolution, durant cette période, est nettement perceptible : tiraillés entre la variété à la française et les rythmes cubano-congolais très en vogue dans les pays voisins, les orchestres tels que Les Abidjanais cherchent d’abord à résoudre cette impossible équation. Progressivement, à l’image d’Amédée Pierre, les artistes intègrent leurs propres éléments culturels, tout en restant perméables aux nouvelles sonorités en vogue dans les années 1970.
Funk, soul, parfois même disco : les dosages sont différents mais les ingrédients sont là, que ce soit sur Pecoussa de François Lougah ou Ntelesse du crooner Bailly Spinto, deux personnages incontournables. Jimmy Hyacinthe a lui aussi joué un rôle moteur en modernisant le folklore. Guitariste, arrangeur et chanteur ici d’Amouin Souba, il a souvent mis son talent au service des autres avant de monter le groupe ivoiro-voltaïque Bozambo, auteur de quelques albums de grande valeur.
Cette capacité à innover s’entend également sur Bliwana et Zouzoupale d’Ernesto Djédjé, en donnant davantage de poids à la basse. Disparu à 36 ans, empoisonné, celui qui était surnommé "le roi du ziglibithy" mériterait à lui seul une compilation.
Bertrand Lavaine
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