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Reportage


Waga hip-hop 2009

Le festival qui ne dort jamais


Ouagadougou 

19/10/2009 - 

Depuis neuf ans Ă  la mi-octobre, c’est la mĂȘme effervescence Ă  Ouagadougou. Le Waga hip-hop s’est imposĂ© comme un rendez-vous incontournable pour les acteurs du mouvement. Retour sur les temps forts de cette neuviĂšme Ă©dition, entre breakdance, freestyles et rencontres fĂ©condes.



Dans le théùtre de verdure du centre culturel français, un vieux poste crache de la funk et du rap old school. "Peace, love and having fun !", chante le MC. Abramz, un jeune danseur ougandais qui anime depuis trois jours un atelier de breakdance avec une vingtaine de jeunes. Il dĂ©compose chaque pas, encourage, explique et rĂ©pond aux questions. Beaucoup de danseurs ont appris Ă  danser au quartier, en copiant leurs grands frĂšres, souvent sans musique. Ce stage est donc une belle opportunitĂ© pour perfectionner leur technique. Le lendemain aura lieu une battle de danse pour l’ouverture du festival : les jeunes sont prĂȘts Ă  tout donner.

Cette premiĂšre soirĂ©e de l’édition 2009 est un grand moment : Mc Claver, figure incontournable du mouvement hip-hop en Afrique, est lĂ . Les breakers lui montrent ce qu’ils savent faire – impressionnant !  Les rappeurs de l’underground montent aussi sur scĂšne et prouvent Ă  leur tour la vitalitĂ© du mouvement Ă  Ouaga. Toute l’annĂ©e, dans les home-studio de la capitale du Faso on crĂ©e, on enregistre, on sample et on mixe. Mais, pendant la semaine du festival Waga hip-hop, des MC’s de toute l’Afrique viennent y improviser et y enregistrer jusqu’au petit matin.

L’enjeu de cette neuviĂšme Ă©dition est justement de permettre la rencontre de ceux qui, un peu partout en Afrique, font avancer le mouvement. Ainsi, au-delĂ  des rencontres artistiques, l’équipe d’UmanĂ© Culture qui organise le "Waga", a voulu cette annĂ©e mettre au point un sĂ©minaire de travail entre professionnels. Des directeurs de festivals du BĂ©nin, du Togo, du SĂ©nĂ©gal, du Maroc, de la Tanzanie, de l’Ouganda et de la GuinĂ©e-Bissau, ont donc planchĂ© pendant deux jours sur l’émergence d’un rĂ©seau pĂ©renne de circulation des artistes et de formation des jeunes aux mĂ©tiers du spectacle. En vingt-cinq ans, le hip-hop est devenu le mode d’expression de la jeunesse urbaine sur tout le continent. Aujourd’hui, le mouvement a besoin de se structurer. Les discussions se prolongeront au Maroc, courant 2010. Mais pour l’instant, il faut profiter du Waga 2009 !

Cette annĂ©e, le festival est complĂštement gratuit. Sur scĂšne, le hip-hop soul chaloupĂ© de La Fuente du Gabon laisse la place au hip-life (rencontre du hip hop et du style highlife de l'Ă©poque de l'indĂ©pendance du Ghana)explosif du GhanĂ©en Sidney. Le Malien Amkoullel Ă  la tchatche impressionnante, surprend tout le monde. Ici, on connaissait l’animateur de Case Sangha, l’équivalent malien de la Star Academy, mais pas Amkoullel le rappeur. L’ambiance monte d’un cran. Le lendemain soir, c’est Moona, rappeuse du BĂ©nin installĂ©e Ă  Dakar, qui s’impose avec sa plume fĂ©minine et son Ă©nergie contagieuse. Avec DJ Gee Bayss du groupe Pee Froiss, elle chauffe le public Ă  blanc.

Bien plus tard dans la soirĂ©e, des DJ sortent des 45 tours d’une boĂźte en mĂ©tal : ça sonne reggae, ragga et hip hop. Au bout d’une demi-heure, la musique baisse, puis s’éteint. Les techniciens ont bouclĂ© leur journĂ©e, il est deux heures du matin. Mais le festival n’est pas fini ! Sur l’esplanade de la Maison du peuple, le toaster Wed Hyack sort une guitare et un petit attroupement se forme autour de lui. Ça chante, rappe et danse. Ce petit groupe d’irrĂ©ductibles se donne rendez-vous dans un studio, au quartier Wemtenga, pour clore en freestyle cette neuviĂšme Ă©dition du festival Waga hip-hop.


Waka métisse le hip-hop

La chanteuse burkinabĂ© Sissao, le Congolais Freddy Massamba et le GhanĂ©en King Ayisoba se sont retrouvĂ©s au Waga hip-hop 2009 pour prolonger la rĂ©sidence de l’édition prĂ©cĂ©dente et cĂ©lĂ©brer sur scĂšne la richesse du projet Waka.

Waka signifie "viens ici" en moorĂ©, la langue la plus parlĂ©e au Burkina Faso. Le projet est nĂ© l’annĂ©e derniĂšre Ă  l’initiative d’Ali Diallo, le directeur du festival et du rĂ©seau Zone Franche. En 2008, sous la direction artistique de l’AlgĂ©rien Kamel Zekri, les artistes ont mis au point sept morceaux en dix jours de rĂ©sidence. Dans la foulĂ©e, ils ont gravĂ© un enthousiasmant mini-album de cinq titres, Tibio. MalgrĂ© leurs diffĂ©rences, les trois artistes de Waka ont un point commun : leur double appartenance aux musiques traditionnelles et au hip-hop.

Hawa Sissao a dĂ©butĂ© par le chant dans plusieurs orchestres de Ouagadougou, avant de se faire repĂ©rer par les rappeurs de Yeleen, qui ont co-produit son premier album, le Destin, gros succĂšs burkinabĂ© de l’annĂ©e 2006. King Ayisoba est nĂ© au nord-est du Ghana et joue du kologo, l’instrument Ă  deux cordes que pratiquait son grand-pĂšre. En s’installant Ă  Accra, il a dĂ©couvert le hip-life, un mĂ©lange 100 % ghanĂ©en entre le highlife et le hip-hop. My father, son premier album, a reçu trois prix aux Awards ghanĂ©ens 2007. Quant Ă  Freddy Massamba, qu’on ne prĂ©sente plus, il a dĂ©marrĂ© aux Tambours de Brazza, avant de participer Ă  l’aventure Zap Mama et d’accompagner Didier Awadi pendant plusieurs annĂ©es.

Sur scĂšne, les scratches de Dj Gee Bayss soutiennent le trio, et mĂȘme le n’goni rĂ©ussit Ă  sonner hip-hop ! Le projet Waka devrait sortir du Burkina Faso courant 2010 et, on l’espĂšre, faire voyager son hip-hop mĂ©tissĂ© partout, en Afrique et en Europe.

Eglantine  Chabasseur