Paris
23/10/2009 -

Vous aviez auparavant l’impression d’être prisonnier ?
Oui, les clichés s’avèrent tenaces. Exemple : lorsqu’en 2000-2001, je démarchais les maisons de disque pour mon premier album, beaucoup s’étonnaient que je ne fasse pas de hip-hop. Lorsqu’on est black en Occident, le public nous attend majoritairement dans ce registre. Ensuite, j’ai atteint un certain succès, avec ma "soul à la française". En tant qu’artiste médiatisé issu d’une "communauté visible", vient se greffer à notre métier une sorte de pression, de dimension politique. Je ne me sentais pas à l’aise dans ce rôle-là. Même si cela ne se voit pas "physiquement", je suis métissé de cultures : né en Allemagne, j’ai grandi au Rwanda, et vis aujourd’hui au Québec, province bilingue. Ma carrière, quant à elle, a débuté en France. Voilà, je suis toutes ces choses, jamais je ne pourrai m’en défaire, elles font partie intégrante de la personne que je suis. Je ne veux pas choisir.
Il aura donc fallu trois albums pour réussir à "ne pas vous définir" ?
Trois albums auront été nécessaires pour résister à la tentation de me définir, en effet, car accepter ce carcan facilite la vie. Lorsque tu te diriges là où certaines personnes t’attendent, on ne te provoque pas. Quand tu empruntes une voie différente, tu t’exposes à des questions auxquelles il va falloir répondre. Si tu n’es pas prêt, mieux vaut se confiner à un groupe ou une communauté. Ce qui, pourtant, ne rime à rien. Par exemple : que signifie être "black" aujourd’hui ? Quand on naît en France, qu’on y vit, qu’on fréquente ses écoles, qu’on regarde la télévision hexagonale… on est plus qu’une "couleur" : on est Français. Et c’est le même phénomène pour les Noirs-Américains, les Arabes… On peut maintenir des liens avec le pays d’origine, celui de nos parents, mais nous ne pouvons pas être réduits à "cela".
Une fois l’étiquette ôtée, qu’aviez-vous envie de raconter dans Sans Titre ?
Je souhaitais dire : voilà qui je suis, je l’assume, j’en suis fier. Je suis artiste, musicien, l’époux de ma femme que j’adore (l’ex-mannequin Sophia de Medeiros, ndlr), futur papa, un homme du monde. Et j’aime profondément le métier que j’exerce. Et puis, sans faire l’apologie du mariage et de la famille au sens "conventionnel", je voulais dire que je m’y épanouissais. Je pense qu’il y a dans le couple de vraies valeurs, qui permettent d’apprendre et de grandir…

Après votre premier album en anglais dans la prestigieuse écurie Motown, vous avez décidé de revenir au français…
Oui, et je trouve que c’est un luxe, de pouvoir explorer la musique autrement chaque fois, juste en passant d’une langue à l’autre. Je découvre d’autres univers, et j’ai l’impression de ne plus pratiquer le même métier. Je change de sensations.
En bref, Corneille, vous vous déclarez heureux de cet album ?
J’en assume chaque mot, chaque virgule, chaque note, chaque accord. Et puis, j’ai bossé avec ma femme. Elle a été ma conseillère, ma consultante, a écrit une partie des textes. C’est un peu le fruit de notre union. Le bébé avant l’heure…
Anne Laure Lemancel
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