ParisÂ
06/11/2009 -Â

RFI Musique : Vous nâĂ©tiez pas encore une cĂ©lĂ©britĂ© en France quand vous avez dĂ©couvert Bob Dylan.
Hugues Aufray : En 1961, aprĂšs avoir fait quelques disques, je suis invitĂ© par Maurice Chevalier pour reprĂ©senter la France Ă un gala de bienfaisance Ă New York. Je dĂ©couvre la capitale du XXe siĂšcle, je dĂ©couvre des artistes extraordinaires et je me dis que câest dans cette musique et dans ce pays que jâai envie de grandir. Je reviens Ă la premiĂšre occasion et câest lĂ , alors que je fais pendant six mois la premiĂšre partie de Peter, Paul & Mary au Blue Angel, grand cabaret chic, que je dĂ©couvre au Gerdeâs Folk City, un bouiboui du Village, un jeune garçon avec un harmonica autour du cou, qui chante toutes ces chansons qui vont devenir des lĂ©gendes. Quand je rentre en France six mois plus tard, jâai fait le plein de chansons amĂ©ricaines, qui vont devenir Ă partir de 1962 le fonds de mon rĂ©pertoire et me donner mes premiers tubes.
LâidĂ©e de traduire Bob Dylan vous est venue seulement en 1965 ?
Non, jâen ai eu envie dĂšs que je lâai dĂ©couvert Ă New York. Câest une dĂ©marche purement artistique et humaine : jâai seulement envie de le partager, comme on parle Ă un ami dâun livre que lâon a lu. Mais en 1962-63, personne Ă Paris ne connaĂźt Bob Dylan et Eddie Barclay ne veut pas entendre parler dâun tel disque. Par ailleurs, son manager Albert Grossman met presque deux ans Ă rĂ©pondre et Ă me donner lâautorisation dâadapter ses chansons. Mais, pendant cette pĂ©riode, je deviens vedette, je donne deux ou trois cents galas par an, jâenregistre beaucoup. A lâĂ©poque, jâai deux partenaires de chansons : Vline Buggy et Pierre DelanoĂ«. Comme Vline est partie en tournĂ©e avec Claude François, jâappelle Pierre et nous partons avec Jean-Pierre Sabar, mon pianiste, nous installer dans trois chambres que jâai louĂ©es Ă Saint-RĂ©my-de-Provence. LĂ , nous faisons douze chansons en quinze jours, ce qui pour moi est une performance â il mâest arrivĂ© de mettre vingt ans Ă Ă©crire certaines chansons.

En 1996, vous avez enregistrĂ© dâautres chansons de Dylan.
Jâavais eu envie dâadapter dâautres chansons, trente ans plus tard. A lâĂ©poque, je nâavais plus de maisons de disques (je suis restĂ© dans cette situation pendant vingt-cinq ans, jusquâen 2005). Aufray Trans Dylan Ă©tait une marche au-dessus du prĂ©cĂ©dent, avec vingt-quatre chansons dont douze nouvelles. AprĂšs les chansons plutĂŽt acoustiques de 1965, il sâagissait de douze titres plus Ă©lectriques, plus folk rock. Mais ce disque a Ă peine Ă©tĂ© diffusĂ© et nâa pas eu de succĂšs.
Quâest-ce qui vous a amenĂ© Ă reprendre ce chantier une troisiĂšme fois ?
Chez Universal, jâai fait dâabord un disque dâhommage Ă FĂ©lix Leclerc puis un album de chansons nouvelles, Hugh. Ils mâont suggĂ©rĂ© alors de faire un disque de duos sur mes plus grands succĂšs. Je trouvais lâidĂ©e un peu rĂ©chauffĂ©e, aprĂšs que Michel Delpech, Adamo et quelques autres lâeurent fait. Mais en rĂ©flĂ©chissant, je me suis dit que jâapporterais plus avec ces chansons, que je pouvais continuer Ă faire connaĂźtre Dylan Ă ceux qui ne le connaissent pas en passant par la langue française et en trouvant les interprĂštes qui conviennent Ă chaque chanson.

Quelle était votre feuille de route musicale ?
Jâai voulu faire ressortir les mĂ©lodies de Bob Dylan. Actuellement, il les dĂ©structure volontiers sur scĂšne, quitte Ă dĂ©cevoir son public. Quelquefois le poĂšte est devant, quelquefois il Ă©claire, quelquefois il aveugle. Et Dylan nâa jamais apprĂ©ciĂ© dâĂȘtre suivi par une meute de gens qui ne le comprennent pas forcĂ©ment pour ce quâil est vraiment. Quand Pete Seeger va chercher une hache pour couper le fil de sa guitare Ă©lectrique au festival de Newport, il nâest pas mĂ©content de dĂ©cevoir ceux qui lâont encensĂ©. Mais je ne peux pas me permettre de dĂ©molir ses chansons â lui seul en a le droit. Jâai essayĂ© de les faire rĂ©apparaĂźtre dans leur musicalitĂ© primitive. Alors, avec les musiciens amĂ©ricains qui ont travaillĂ© sur lâalbum â et qui, pour la plupart, ont travaillĂ© pour Dylan â, jâai cherchĂ© la couleur dâarrangements qui pouvait faire resurgir mĂ©lodie, harmonie et cadences poĂ©tiques de chaque chanson.
Bertrand Dicale
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