Paris
04/12/2009 -

Vous avez développé votre propre carrière, enregistré plusieurs albums, à la suite du premier, Exil, en 1987, l’année de la rupture avec Malavoi, puis vous revenez vingt ans plus tard. Quel est le sens de ce retour ?
J’avais envie d’entendre la suite de Malavoi. Ce groupe est important pour la Martinique. Il ne faut pas que cette histoire s'étiole, elle doit perdurer. Je regrette seulement que Mano Césaire ne soit pas de la partie [neveu d’Aimé Césaire, ce violoniste à été à l’initiative du groupe, avec quelques copains du quartier de Terres-Sainvilles, à Fort-de-France, dont Jean-Paul Soïme, également violoniste, décédé en 2007]. Mano m‘a dit qu’il ne se sentait pas suffisamment "actuel". J’espère le ramener.
L’album contient un titre (Pa Pléré) dont les paroles sont signées Gérard La Viny, qui vient dé décéder. Surnommé "l’Ambassadeur de la biguine", il a écrit Sans chemise, sans pantalon et Ban moin un ti bo. Des tubes doudouistes* ?
Faut en finir avec ça et arrêter de jeter la pierre aux gens comme lui. On l'a accusé de véhiculer une image doudouiste des Antilles. Je ne comprends pas pourquoi. C’est un type important.
En quoi est-il important ?
Pour moi, Gérard est un auteur compositeur majeur. J’ai, par le passé, fait un disque avec uniquement des compositions de lui, La Marseillaise Noire, en 1996, l’année où l’on célébrait les 150 ans de l’abolition de l’esclavage. La Viny, c’est le catalogue le plus imposant de la musique antillaise. On lui doit plein de choses que les gens ignorent. Par exemple, le texte de Porgy & Bess en version française, c’est lui. Il avait travaillé avec Henri Salvador… Sa Biguine pour Giscard l’a sans doute un peu écarté du cœur des Antillais. La première fois où les gens s’étaient fâchés avec lui, c’est surtout quand il avait repris une vieille chanson chantée par les militaires pendant la guerre de 14-18, Les Noirs ont de mauvaises habitudes. Il avait un caractère taquin, un peu provocateur. Voulant faire de l’humour, il a chanté ça en Guadeloupe. Il a failli se faire lyncher.
Que signifie le titre Pa Pléré ?
C’est un message optimiste adressé par un père à son enfant. Il lui dit "N’aie pas peur de l’avenir, je serai toujours à tes côtés."

Quel est le rythme utilisé dans ce morceau ?
C’est un grand bèlè, composé par Nicole Bernard, notre percussionniste et directeur artistique. Le bèlè est revenu dans l’air du temps en Martinique. Il y a partout des soirées qui attirent du monde de toutes les générations. La sagesse du peuple, c’est aussi cela. Revenir aux musiques authentiques, aux fondamentaux. Un peuple qui oublie son passé se perd. Les racines, c’est d’une richesse et d’une utilité absolue, ça permet d’être bien en place.
Après votre retour dans Malavoi, qu’en est-il de votre carrière solo ?
J’ai un projet de CD voix et piano, en compagnie de Mario Canonge et d’Alain Jean-Marie. Avec soit un, soit deux pianos.
* qui proposent une image exotique, réductrice, donc dévalorisante des Antilles
Patrick Labesse
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