Paris
08/01/2010 -
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Après plusieurs années en Russie, où il est devenu par surprise une vedette avec des chansons en français, des aventures artistiques de tout ordre à Cuba ou à Ivry, une mise en scène flamenca de Carmen, des scènes partagées avec Adamo, Georges Moustaki, Lara Fabian, Mouss et Hakim ou la soprano Sylvie Brunet, il a enregistré entre Gênes et Paris un album tout simplement titré Nilda Fernandez.
RFI Musique : Pourquoi avoir enregistré à Gênes puis à Paris ?
Nilda Fernandez : Je cherchais un endroit pour poser ce disque, un peu comme une femme qui veut accoucher quelque part. Je voulais enregistrer à un endroit où je trouve bien ce que l’extérieur m’amène – ce que ne m’apportait pas Moscou, qui est une ville tellement dure, tellement urbaine. Alan Simon m’avait parlé d’un studio à Gênes, la Casa Della Musica, que je suis allé voir après un concert en Suisse. Et cet endroit est parfait. Quand je sors du studio, je vois le port. Le passé de Gênes est encore là, et n’a pas été lifté. Comme il n’y a pas de voitures dans ce quartier, cela ressemble à une Venise en pente.
L’escale génoise a-t-elle été longue ?
Cinq mois, dont quatre en studio. Nous avions des horaires de bureau et je n’ai travaillé qu’avec des musiciens italiens, sauf les deux accordéonistes Marcel Azzola et Lionel Suarez, qui sont venus à Paris. J’habite Porte de Clignancourt, tout près du studio CBE, studio mythique de la variété. J’ai enregistré toutes les voix dans les mêmes micros et avec la même console que Joe Dassin, Claude François ou Gérard Manset… Il fallait que je sois en France pour chanter, pour que tout le monde dans le studio comprenne les paroles, pour avoir un bon retour sur l’articulation et le sens des chansons.

Vous avez vous-même qualifié votre trajectoire d’"hasardeuse". Mais tout ce hasard est-il organisé ?
Pour moi, le chaos est l’organisation de l’univers : on essaie de décrire cette organisation depuis des siècles, mais arrivera-t-on un jour à la saisir ? Le chaos est une chose importante. Si on trouve ma vie chaotique, ça ne me dérange pas. Moi, à l’intérieur, je sais bien à quoi tout cela correspond. Pas exemple, je fais entendre dans le disque la fermeture d’une porte du métro de Moscou. Il se trouve que, dans mon enfance, le métro de Barcelone était de fabrication soviétique et, curieusement, le métro russe fait exactement le même bruit.
Quelles sont les deux statues les plus reproduites au monde ?
Il y a celle de Christophe Colomb le doigt tendu vers l’océan, qui me fascinait à Barcelone. Et la statue la plus classique de Lénine a la même posture, le doigt tendu vers le futur. Dans mes voyages, j’ai suivi Colomb sans le vouloir, à Gênes ou à Saint-Domingue, et au fin fond de la Russie on n’arrête pas croiser la statue de Lénine. Est-ce cela, quelque chose d’"organisé" ?
Vos décisions professionnelles obéissent-elles à la même logique de hasards apprivoisés ?
Je vais à Moscou et j’y rencontre un chanteur qui me dit qu’il veut faire quelque chose avec moi – et me voilà parti pour cinq ans de Russie. Et je dois justifier à la maison de disques avec laquelle je suis en contrat que je ne fais pas d’album parce que je suis sur autre chose. Eux, ils ont perdu de l’argent parce qu’une star s’est plantée et ils ont vraiment besoin que je fasse un disque tout de suite. Mais moi je me nourris de ce que je vis en Russie et ils ne comprennent pas qu’après, je ferai un meilleur album. Je suis plutôt infidèle. Je passe par énormément de ruptures. Je m’en fais presque une éthique. Quand on appartient à un clan ou à une famille, on se fait interdire tous les autres clans, toutes les autres familles. Parfois même, une seule personne suffit à faire un clan et cherche à nous enfermer. Ça me rend infidèle.
Bertrand Dicale
19/03/1999 -