Paris
22/01/2010 -

RFI Musique : Comment est née l’idée de réaliser une intégrale Django Reinhardt ?
Patrick Frémeaux : Daniel Nevers et Noël Hervé en ont été les initiateurs. Cela aurait pu se faire de manière collégiale, mais pour la mener à bien, Daniel Nevers s’en est chargé seul, en se faisant aider de tous les collectionneurs qu’il connaît très bien. L’idée était de présenter toutes les faces de manière chronologique : aussi bien le leader que le sideman qui accompagne Jean Sablon.
Pourquoi Django ? Que représentait-il pour vous ?
Il semblait évident de témoigner de l’œuvre du seul Européen qui a pu imposer son nom dans la musique la plus créative du vingtième siècle, le jazz. Qui plus est un artiste originaire des populations les plus mal vues en Europe, les Nomades. Ce musicien a laissé une œuvre à la fois dans le jazz, dans la musique traditionnelle, dans la musique populaire, sur la guitare, qui est la plus dense, la plus phénoménale, la plus généreuse. En la regroupant, c’était la placer dans une situation muséographique au même titre qu’on peut rendre les appareils documentaires critiques autour de Bach ou Mozart.
Comment être certain d’avoir l’intégrale ?
S’agissant des phonogrammes, nous sommes complets. Les discographies existent, il suffit de retrouver les sources, les 78-tours. Pour les concerts, tous ne sont plus disponibles, malgré le travail de l’INA ou de la Bibliothèque nationale de France. D’ailleurs, au fur et à mesure, des collectionneurs se sont manifestés, ce qui fait que nous avons dû ajouter au volume 20 un deuxième album qui propose des titres manquants sur l’intégrale.
Il a fallu travailler sur le son pour rendre tous ces sources "cohérentes". Comment avez-vous procédé ?
Nous avons dépensé 50.000 Euros rien que sur la restauration du son. C’est le cahier des charges normal de notre maison, où nous utilisons les technologies les plus sophistiquées, mais sans jamais vouloir "reperformer" ni recréer le son d’époque. Nous préférons toujours laisser un défaut plutôt que de gommer des informations et supprimer des harmoniques.
Vous avez également apporté un soin tout particulier aux livrets…
Dans chaque volume, il y a un livret de quarante pages, un documentaire chronologique qui apporte un plus au travail uniquement discographique. Il s’agit de raconter une histoire et raconter des histoires.

Vous avez publié des rééditions d’autres jazzmen manouche, mais aussi des disques d’artistes actuels dans cette mouvance. Ont-ils bénéficié de l’effet Django ?
Les albums d’Oscar Aleman et des frères Ferret, qui étaient les "concurrents" de Django, ont de bonnes ventes. Tout comme tous les disques de Rodolphe Raffalli, de Gadjo Combo, de Christophe Lartilleux et son groupe Latcho Drom, ou encore le disque culte Notes manouches de Marcel Loeffler et Mandino Reinhardt que nous avons ressorti… Même l’hommage à Django du clarinettiste de la Nouvelle Orléans, Evan Christopher, a été un réel succès : 10.000 disques en 2009, ce n’est pas rien ! L’intérêt pour Django a rejailli sur tous les autres, dont les héritiers actuels. Le guitariste manouche instrumental doit sans doute vendre 30 % de plus qu’un guitariste français de même notoriété, de même talent… Il y a un phénomène sur Django qui vient amplifier.
Jacques Denis
22/01/2010 -
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