ParisÂ
21/01/2010 -Â

RFI Musique : Est-ce la premiĂšre fois que vous rejouez ensemble sous le nom dâUltramarine ?
Pierre-Olivier Gauvin : Ăa sâest dĂ©jĂ fait une fois. En 1999, Etienne avait rĂ©uni le groupe et on avait jouĂ© au Sunset pendant une semaine, aprĂšs huit ans dâarrĂȘt.
Etienne MbappĂ©. : En fait, câest une lumiĂšre qui ne sâest jamais Ă©teinte. HonnĂȘtement, lâenvie est toujours lĂ . Au delĂ dâUltramarine, au-delĂ de la musique, nous sommes des amis. C'est-Ă -dire quâon peut aussi se retrouver autour dâune table pour partager un dĂźner. Chacun aujourdâhui est trĂšs pris par sa carriĂšre, donc il faut que lâoccasion se prĂ©sente. Je ne dis pas quâon va recrĂ©er des choses â il nâen est pas question â, mais dĂšs quâil y en a un qui sonne le rappel, on accourt.
Mokhtar Samba : A la fin des concerts, jâentends toujours les gens demander : "Et Ultramarine ?", "Et Nguyen ?", "Et Mario ?". Il y a beaucoup de gens qui ont envie de réécouter les vieux morceaux dâUltramarine, et câest une trĂšs bonne occasion de donner des nouvelles, de rendre hommage Ă une Ă©poque.
Vous arrive-t-il encore souvent de réécouter le répertoire que vous avez conçu et enregistré ensemble ?
E. M. : On le réécoute surtout Ă travers les gens. Je vais souvent en Afrique, et jâai remarquĂ© en tout cas que dans cette partie du monde, ce groupe a influencĂ© des gĂ©nĂ©rations de musiciens. On est une rĂ©fĂ©rence. JâĂ©tais sidĂ©rĂ© quâun grand chanteur ivoirien comme FrĂ©deric MeĂŻway, qui a un succĂšs incroyable dans son genre, me dise quâĂ lâĂ©poque, quand on jouait au Baiser SalĂ©, il Ă©tait au premier rang, quâil faisait la queue dans le froid, quâil attendait le troisiĂšme set pour entrer !

Quâest-ce qui, dâaprĂšs vous, a fait la spĂ©cificitĂ© dâUltramarine ?
E. M. : LâauthenticitĂ© de la musique dâUltramarine vient de ce mĂ©lange du jazz et de ces origines diverses qui sont les nĂŽtres. Ce jazz nous a aidĂ©s Ă mieux superposer, mĂȘme sans le vouloir, nos musiques ethniques. CâĂ©tait le tapis qui nous unissait tous. Ă lâĂ©poque, on nâa pas rĂ©alisĂ© Ă quel point on pouvait ĂȘtre prĂ©curseur, sans le revendiquer.
M. S. : Ce nâĂ©tait pas de la fusion ni du jazz rock. LâidĂ©e Ă©tait de sâappuyer sur nos background, quâon soit Asiatique, Africain, Français, Antillais⊠CâĂ©tait vraiment un challenge de pouvoir mĂ©langer des cultures qui sont diffĂ©rentes mais en fait extrĂȘmement proches.
Aviez-vous trĂšs vite trouvĂ© ce terrain commun pour vous exprimer lorsque le groupe sâĂ©tait montĂ© ?
Nguyen LĂȘ : Je vais parler en vĂ©tĂ©ran dâUltramarine. En fait, le groupe a commencĂ© en 1983 et il y a eu une premiĂšre pĂ©riode avec Mario Canonge, Bago et moi comme membres fondateurs. Eddy Gaulein-Stef Ă©tait Ă la basse, Jean-Luc Pinot au violon et Chris Henry Ă la batterie. CâĂ©tait une espĂšce de fusion antillaise, plus Ă©lectrique. Quand Mokthar Samba et Etienne MbappĂ© sont arrivĂ©s, ils ont injectĂ© une forte dose dâAfrique et de rythmes inexpugnables. Cette deuxiĂšme gĂ©nĂ©ration dâUltramarine a donnĂ© les deux disques, E Si Mala et De.

E. M. : Non. Pour moi, câest clair. Ăa a Ă©tĂ© trĂšs dur de trouver mon identitĂ© au-delĂ dâUltramarine. Ăa mâa pris Ă©normĂ©ment de temps. Toutes les compositions que je faisais Ă©taient trĂšs teintĂ©es Ultramarine. Jâai tout appris dans ce groupe-lĂ . Quand on monte son petit groupe Ă part, ensuite, et que ces individualitĂ©s aussi fortes ne sont pas lĂ , ça se ressent. Pas plus tard quâavant le dĂ©but de lâinterview, je leur ai dit que je voulais quâils viennent sur mon prochain disque. AprĂšs les trois jours de rĂ©pĂ©tition que nous venons de faire, je me rends compte que câest un son qui mâa manquĂ© Ă©normĂ©ment.
Bertrand Lavaine
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