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Ultramarine, un retour attendu

Le groupe phare de la scĂšne jazz world remonte sur scĂšne


Paris 

21/01/2010 - 

PiĂšce maĂźtresse du dĂ©veloppement des musiques du monde dans un registre trĂšs liĂ© au jazz, le groupe Ultramarine se rĂ©forme temporairement Ă  l’occasion du festival Carib’in jazz organisĂ© Ă  l’Olympia les 23 et 24 janvier. Rencontre avec quelques membres de cette dream team de la fin des annĂ©es 1980 qui a marquĂ© les esprits de façon d’abord collective, puis individuelle.



RFI Musique : Est-ce la premiĂšre fois que vous rejouez ensemble sous le nom d’Ultramarine ?
Pierre-Olivier Gauvin : Ça s’est dĂ©jĂ  fait une fois. En 1999, Etienne avait rĂ©uni le groupe et on avait jouĂ© au Sunset pendant une semaine, aprĂšs huit ans d’arrĂȘt.

Etienne MbappĂ©. : En fait, c’est une lumiĂšre qui ne s’est jamais Ă©teinte. HonnĂȘtement, l’envie est toujours lĂ . Au delĂ  d’Ultramarine, au-delĂ  de la musique, nous sommes des amis. C'est-Ă -dire qu’on peut aussi se retrouver autour d’une table pour partager un dĂźner. Chacun aujourd’hui est trĂšs pris par sa carriĂšre, donc il faut que l’occasion se prĂ©sente. Je ne dis pas qu’on va recrĂ©er des choses – il n’en est pas question â€“, mais dĂšs qu’il y en a un qui sonne le rappel, on accourt.

Mokhtar Samba : A la fin des concerts, j’entends toujours les gens demander : "Et Ultramarine ?", "Et Nguyen ?", "Et Mario ?". Il y a beaucoup de gens qui ont envie de réécouter les vieux morceaux d’Ultramarine, et c’est une trĂšs bonne occasion de donner des nouvelles, de rendre hommage Ă  une Ă©poque.

Vous arrive-t-il encore souvent de réécouter le rĂ©pertoire que vous avez conçu et enregistrĂ© ensemble ?
E. M. : On le réécoute surtout Ă  travers les gens. Je vais souvent en Afrique, et j’ai remarquĂ© en tout cas que dans cette partie du monde, ce groupe a influencĂ© des gĂ©nĂ©rations de musiciens. On est une rĂ©fĂ©rence.  J’étais sidĂ©rĂ© qu’un grand chanteur ivoirien comme FrĂ©deric MeĂŻway, qui a un succĂšs incroyable dans son genre, me dise qu’à l’époque, quand on jouait au Baiser SalĂ©, il Ă©tait au premier rang, qu’il faisait la queue dans le froid, qu’il attendait le troisiĂšme set pour entrer !

M. S. : En Afrique, l’influence est effectivement Ă©norme : j’ai beaucoup tournĂ© avec Salif KeĂŻta et c’est vraiment incroyable Ă  quel point ce groupe a attirĂ© l’attention des musiciens africains
 Mais au BrĂ©sil aussi, beaucoup de gens ont Ă©coutĂ© nos albums qui se sont retrouvĂ©s lĂ -bas par je ne sais pas par quels moyens. Je me rappelle qu’à Bahia, oĂč je jouais pour un festival, de jeunes BrĂ©siliens avaient repris Djanea d’Ultramarine. Ça m’avait vraiment surpris !

Qu’est-ce qui, d’aprĂšs vous, a fait la spĂ©cificitĂ© d’Ultramarine ?
E. M. : L’authenticitĂ© de la musique d’Ultramarine vient de ce mĂ©lange du jazz et de ces origines diverses qui sont les nĂŽtres. Ce jazz nous a aidĂ©s Ă  mieux superposer, mĂȘme sans le vouloir, nos musiques ethniques. C’était le tapis qui nous unissait tous. À l’époque, on n’a pas rĂ©alisĂ© Ă  quel point on pouvait ĂȘtre prĂ©curseur, sans le revendiquer.

M. S. : Ce n’était pas de la fusion ni du jazz rock. L’idĂ©e Ă©tait de s’appuyer sur nos background, qu’on soit Asiatique, Africain, Français, Antillais
 C’était vraiment un challenge de pouvoir mĂ©langer des cultures qui sont diffĂ©rentes mais en fait extrĂȘmement proches.

Aviez-vous trĂšs vite trouvĂ© ce terrain commun pour vous exprimer lorsque le groupe s’était montĂ© ?
Nguyen LĂȘ : Je vais parler en vĂ©tĂ©ran d’Ultramarine. En fait, le groupe a commencĂ© en 1983 et il y a eu une premiĂšre pĂ©riode avec Mario Canonge, Bago et moi comme membres fondateurs. Eddy Gaulein-Stef Ă©tait Ă  la basse, Jean-Luc Pinot au violon et Chris Henry Ă  la batterie. C’était une espĂšce de fusion antillaise, plus Ă©lectrique. Quand Mokthar Samba et Etienne MbappĂ© sont arrivĂ©s, ils ont injectĂ© une forte dose d’Afrique et de rythmes inexpugnables. Cette deuxiĂšme gĂ©nĂ©ration d’Ultramarine a donnĂ© les deux disques, E Si Mala et De.

Dans vos carriĂšres personnelles, a-t-il Ă©tĂ© facile de vous Ă©carter d’Ultramarine ?
E. M. : Non. Pour moi, c’est clair. Ça a Ă©tĂ© trĂšs dur de trouver mon identitĂ© au-delĂ  d’Ultramarine. Ça m’a pris Ă©normĂ©ment de temps. Toutes les compositions que je faisais Ă©taient trĂšs teintĂ©es Ultramarine. J’ai tout appris dans ce groupe-lĂ . Quand on monte son petit groupe Ă  part, ensuite, et que ces individualitĂ©s aussi fortes ne sont pas lĂ , ça se ressent. Pas plus tard qu’avant le dĂ©but de l’interview, je leur ai dit que je voulais qu’ils viennent sur mon prochain disque. AprĂšs les trois jours de rĂ©pĂ©tition que nous venons de faire, je me rends compte que c’est un son qui m’a manquĂ© Ă©normĂ©ment.


Djanea

Ultramarine Programme Jungle (MPO) 1988
Ultramarine DĂ© (Musidisc) 1989
Ultramarine E si mala (Musidisc) 1991

Festival Carib in Jazz Ă  l'Olympia les 23 et 24 janvier 2010.
Ultramarine en concert le 24 janvier.


Bertrand  Lavaine