Paris
27/01/2010 -

RFI Musique : Quelle est votre relation avec le guembri, cet instrument traditionnel avec lequel on vous voit chaque fois sur les pochettes de vos albums ?
Hasna el Becharia : J’ai une vraie histoire avec le guembri. Mon père était un maître gnawi et il m’a interdit de toucher cet instrument. Quand j’ai osé, j’ai été battue. C’est pour ça que j’ai laissé le guembri et que j’ai pris la guitare. Je ne me suis affranchie qu’en 1999, en France, pour le festival Femmes d’Algérie. On m’a invitée, et c’est à ce moment-là que je me suis autorisée à en jouer… Quand je suis arrivé à Paris, j’ai rêvé de mon père qui me disait : "vas-y."
Vous partagez votre temps, depuis dix ans, entre votre Algérie natale et la France. Est-ce que cela a modifié votre façon de faire ou de penser la musique ?
Ça a beaucoup changé, bien sûr. En Europe, je chante toute seule et je chante mes chansons. Là-bas, en Algérie, c’était pour les mariages, entre amis. Je ne faisais que jouer de la guitare. Il y avait deux femmes qui chantaient à ma place. Ça fait longtemps que je n’ai pas joué pour un mariage, et ça me manque. C’est un autre style, mais maintenant je me suis habituée à la scène, et je trouve ça très bien. Comme le studio : pour le premier disque, je tremblais. Pour le nouveau, ça allait.
Comment avez-vous imaginé ce nouvel album, Smaa Smaa ?
Ce disque est très personnel, il m’a permis de sortir pas mal de souffrance, de vécu, de souvenirs. J’ai donné tout ce que j’avais en moi. C’est pour ça que c’est assez triste. En même temps, il y a de la joie comme dans Sadrak, une belle chanson d’amour qui raconte la rencontre d’un couple. Mon défunt frère la chantait et j’ai voulu lui rendre hommage. C’était un grand musicien. Je vois son image quand je la chante sur scène, et c’est pour cette raison qu’elle est sur l’album.

Vous avez participé à la seconde édition du festival Panafricain à Alger, en juillet 2009. Est-ce un événement qui avait une signification particulière pour vous ?
Oui. Ça veut dire que moi aussi, femme d’Algérie, j’ai chanté Panafricain, comme Miriam Makeba. Au moment du premier festival, j’étais jeune, j’avais 22 ou 24 ans et j’ai le souvenir qu’il y avait Miriam Makeba. Je l’avais vue à la télévision. Elle avait composé une chanson qui disait qu’elle était libre en Algérie. C’était une Africaine et l’Algérie était aussi son pays. Pour moi, c’était des paroles fortes. Je l’ai dit aussi quand j’ai chanté pour mon pays Djazaïr johara.
Bertrand Lavaine
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