publicite publicite
Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Menu

Nuru Kane, auteur observateur

Sénégalais sans frontiÚres


Paris 

01/02/2010 - 

Son guembri toujours Ă  la main, le SĂ©nĂ©galais Nuru Kane revient sur ses annĂ©es londoniennes Ă  travers son second album intitulĂ© Number One Bus. Tout en restant attachĂ© Ă  la musique gnawa qu’il a adaptĂ©e Ă  sa culture pour en faire son identitĂ© artistique, il donne Ă  son rĂ©pertoire une dimension blues encore plus prononcĂ©e.



Atavisme ou simples coĂŻncidences ? Comme ses trĂšs lointains ancĂȘtres peuls, Nuru Kane a en lui ce mode de vie nomade qui l’entraĂźne en permanence vers de nouveaux lieux. Aujourd’hui, l’enfant de la mĂ©dina dakaroise n’est pas redevenu berger, mais en revanche il a retrouvĂ© troupeaux et grands espaces dans le petit village du Puy-de-DĂŽme oĂč il a posĂ© ses valises depuis plus d’un an.

Une centaine d’habitants, des vaches et des tracteurs, au cƓur de la France. "A mon retour d’Angleterre oĂč j’avais eu la chance de partir pour la musique, je me suis demandĂ© si j’allais rester Ă  Paris. Mon frĂšre m’a dit de venir voir chez lui, en Auvergne, et je suis tombĂ© amoureux de cette rĂ©gion. Dans un premier temps, je me suis dit qu’il y avait moins de stress. Et puis, c’est un autre contact avec les gens. J’aime bien ça", raconte celui qui se revendique "sĂ©nĂ©gaulois".

En bus Ă  Londres


Sans doute ses envies pastorales s’inscrivent-elles en rĂ©action Ă  sa prĂ©cĂ©dente expĂ©rience, trĂšs urbaine, qui lui a donnĂ© le contenu de son nouvel album, Number One Bus. Pendant trois ans, il a empruntĂ© cette ligne de bus qui lui permettait de quitter son quartier de Bermondsey, Ă  Londres. Un vrai sujet d’observation, qui nourrit les thĂšmes de ses textes : "Il y a toute une vie dans le bus : pas besoin d’en descendre pour ĂȘtre inspirĂ©. Des gens montent, d’autres descendent, certains laissent leur place aux femmes enceintes ou aux vieilles personnes. Il y a de la sensibilitĂ©. De la souffrance Ă©galement avec ceux qui n’ont pas de ticket et se font attraper. De la violence aussi, avec ces jeunes baraquĂ©s qui s’amusent Ă  dĂ©ranger tout le monde quand ils entrent." Chaque passager a son propre tempo. Sur plan musical, Nuru restitue cette diversitĂ© en modifiant le dosage des Ă©lĂ©ments de base de sa musique qu’il qualifie de "bayefall gnawa" et ajoute ici un peu de blues, lĂ  plus de funk, et mĂȘme du mbalax Ă  certains moments.

Pour trouver sa voie, il lui a fallu du temps, et l’inĂ©vitable coup de pouce du destin. Pendant des annĂ©es, il reconnait s’ĂȘtre "Ă©parpillĂ©". A ses dĂ©buts Ă  Dakar, adolescent, il est bassiste dans un groupe aux sonoritĂ©s afro-mandingues. Le jeune homme Ă©coute TourĂ© Kunda, Osibisa, Fela et toutes musiques anglophones que passe la radio gambienne. Le renouvellement des effectifs de la formation avec laquelle il joue le conduit Ă  prendre le chant, la guitare, Ă  composer, tout en restant bassiste pour d’autres artistes.

A 25 ans, en 1998, il quitte son pays pour la France. Le cƓur a ses raisons. La dĂ©cision fut douloureuse Ă  prendre car cela revenait Ă  privilĂ©gier ses ambitions personnelles au dĂ©triment d’un objectif collectif auquel les autres musiciens adhĂ©raient. "Mon dĂ©part signifiait la mort du groupe", soupire-t-il. Son pressentiment s’est rĂ©vĂ©lĂ© exact. Quand il Ă©voque le sujet, une pointe de regret remonte Ă  la surface, vite balayĂ©e par tout ce que cet exil volontaire a eu de positif pour sa carriĂšre.

D’abord, il y a eu en 2001 ce CD 3 titres, Diamono Euro, destinĂ© Ă  sensibiliser les immigrĂ©s africains Ă  l'arrivĂ©e de l'Euro. Retenu et financĂ© par la Fondation de France dans le cadre des actions menĂ©es Ă  l’occasion du changement de monnaie, le projet avait Ă©tĂ© suivi d’une tournĂ©e dans les foyers des travailleurs immigrĂ©s en Europe !

La découverte du guembri


Mais c’est Ă  Marrakech, oĂč il se rend avec des amis comme touriste, qu’il fait une rencontre autant fortuite qu’essentielle : "On est passĂ© devant le marchĂ©. J’ai entendu un son, et depuis, je suis en transe, je ne m’en suis pas sorti. Ce son-lĂ , c’était le guembri". AussitĂŽt, il en acquiert un, achĂšte quelques cassettes qu’il ramĂšne Ă  Paris pour apprendre en autodidacte Ă  se servir de cet instrument traditionnel. DĂšs qu’il en a l’opportunitĂ©, il va Ă©couter et regarder des Gnawa marocains ou algĂ©riens pour se familiariser avec cette culture.

Il en est Ă  ce stade dans ses recherches lorsqu’il est invitĂ© au Festival au dĂ©sert en 2004, Ă  Essakane, aprĂšs avoir Ă©tĂ© remarquĂ© sur une petite scĂšne parisienne. Nuru, encore anonyme, saisit sa chance. Son passage au Mali est si remarquĂ© que la BBC l’appelle dix jours plus tard pour lui demander de se rendre en Grande-Bretagne afin de parler de sa musique.

Un label phare des musiques du monde lui propose d’enregistrer un premier album : Sigil, paru en 2006, sera nommĂ© aux awards de la world music organisĂ©s par la BBC, dans la catĂ©gorie rĂ©vĂ©lation. Le dĂ©but d’une aventure britannique que Number One Bus explore sous d’autres angles, avec la volontĂ© de continuer Ă  faire tomber les barriĂšres entre les musiques et les langues.


Poulo

  par NURU KANE/THIERRY FOURNEL

Nuru Kane Number One Bus (Iris/Harmonia Mundi) 2010

En tournée en France

Bertrand  Lavaine