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Alpha Blondy chatte avec les internautes

Intégralité de l'échange


Paris 

05/02/2010 - 

Jeudi 4 fĂ©vrier, Alpha Blondy, la star du reggae ivoirien, s'est prĂȘtĂ© au jeu des questions/rĂ©ponses avec ses fans sur des sujets aussi variĂ©s que son dernier album, ses tournĂ©es, son engagement politique, ses projets artistiques, etc. Un chat de 45 mn en partenariat avec Canalchat.



Bonjour à toutes et à tous, nous avons le plaisir d’accueillir Alpha Blondy !
A.Blondy : Bonjour !

jenarrivepasaenlevermesbaskets : Es-tu content d'ĂȘtre Ă  Paris ?
A.Blondy : Happy ! Oui, je suis trĂšs content, je m'Ă©clate vraiment toujours autant ici et en plus, c’est l’occasion de revoir mes amis et la famille car j’ai des enfants qui vivent ici. C’est super de se retrouver parmi eux.

Sami : Bonjour Alpha, que contient votre DVD ? Pourquoi l'avoir fait... Pour laisser une trace de vos concerts ??
A.Blondy : En effet, Nous n’avions pas encore fait de DVD professionnel. C’était donc la bonne occasion et, en plus, beaucoup de DVD pirates circulaient sur le marchĂ©. Ce Live in Peace a Ă©tĂ© conçu au terme de ma tournĂ©e Peace on tour alors que j'Ă©tais encore ambassadeur de la paix pour l'ONU. On voulait conscientiser le public avec l'idĂ©e de paix dans le monde. Je pense que c’est une rĂ©ussite.

babylonz : Y'a t-il des morceaux que tu avais fait au Zénith au début des années 90... J'étais au concert et je m'en rappelle encore :)
A.Blondy : J'avoue que dans le rĂ©pertoire des annĂ©es 1990, il ne doit y avoir qu'une chanson prĂ©sente dans le DVD.

Waly : Que pouvez-vous nous dire sur votre dernier album ?
A.Blondy : Que ça dĂ©chire ! C'est le meilleur album d'Alpha Blondy, d’abord parce que j’ai travaillĂ© avec des mecs comme Tyrone Downie, l'ancien clavier de Bob Marley, et qu’il y a des collaborations gĂ©niales et inĂ©dites avec un joueur de cornemuse, un joueur de darbouka, etc. Beaucoup sont venus Ă  la rescousse pour cet album.

jenarrivepasaenlevermesbaskets : Pourquoi n'as-tu fait aucun album entre 1986 et 2005 ?
A.Blondy : Ce n'est pas exact. Il y a eu JĂ©rusalem, RĂ©volution, Prophet... J'ai boycottĂ© la guerre en CĂŽte d'Ivoire en ne faisant plus de musique pendant un certain temps avec le nom d'Alpha Blondy. Mais tout cela c’était avant de sortir Jah victory.

obs : Si le dernier album est le meilleur, que faites-vous de Massada reconnu généralement comme le meilleur?
A.Blondy : Jah Victory c'est 19 chansons contre les 14 chansons de Masada, cela fait dĂ©jĂ  une sacrĂ©e diffĂ©rence. Et puis, pour ĂȘtre tout Ă  fait honnĂȘte entre nous, je veux dire que c'est le meilleur car ce ne serait pas trĂšs "marketing" de dire que le dernier album n’est pas meilleur que les prĂ©cĂ©dents. Mais lĂ , c’est le cas, il est meilleur Ă  mon humble avis.

babylonz : Oh ok donc ton nouvel album apporte des influences beaucoup plus variées que les précédents?...une sorte d'expérimentation en fait ?
A.Blondy :
J'ai horreur de la monotonie. Babylonz, tu dois Ă©couter l'album Yitzhak Rabin oĂč j’avais fait intervenir de la flĂ»te pĂ©ruvienne. Dans celui-ci, il y a de la cornemuse, tu y trouveras ton compte. Sur le DVD, il faut d’ailleurs le voir avec sa cornemuse c'est magique ! L'idĂ©e Ă©tait gĂ©niale ! Et ça dĂ©chire que d'avoir jouĂ© avec lui.

alex koicy : Bonjour, les live d'Abidjan c'est pour quand ? Ou ailleurs ?? Merci.
A.Blondy : On voulait faire un live Ă  Abidjan mais on n'a pas encore fait ça. Mais ça coĂ»te trĂšs cher sans sponsors cohĂ©rents. Un vrai "Live in Africa", ce serait super si les sponsors rĂ©pondent prĂ©sents.

paowpaow : A quand une Ɠuvre anthologique retraçant ta carriùre ?
A.Blondy : Paowpaow, je travaille beaucoup et je ne pense pas Ă  ça pour le moment, je suis sur le front. On peut toujours en discuter avec l'Ă©quipe, mais je ne suis pas trĂšs « anthologique » de toute maniĂšre.

Stes : Tu as prĂ©vu d’autres concerts aprĂšs la sortie du DVD ?
A.Blondy : Je reviens du BrĂ©sil et de l'Argentine oĂč on a fait 8 concerts en une dizaine de jours, Ă  Recife, Mar del Plata, Buenos Aires, etc. C’était la folie. On revient Ă  Marseille le 1er avril si je ne me trompe pas, et, sans doute bientĂŽt Ă  Paris mais pas tout de suite.

obs : Pourquoi le show de Bobo Dioulasso n'a pas eu lieu ?
A.Blondy : Sache que je me suis moi-mĂȘme posĂ© la mĂȘme question. Pourquoi ? Parce que premier malaise : pas d'Ă©lectricitĂ© dans le stade. DeuxiĂšme malaise : puisqu’on ne peut pas faire techniquement le concert, on me dit que je dois montrer ma gueule. Ça je n’accepte pas, je ne suis pas payĂ© pour ça, il y a des journalistes Ă  qui je donne des interviews pour montrer ma gueule. J'ai jouĂ© Ă  Kodougou, une toute petite ville, quelques jours avant, sans avoir le moindre problĂšme. Je ne m'occupe pas de ça, Jamal s'occupe de toutes ces affaires d'argent, moi je n'aime pas ça. Mais je suis sorti autant frustrĂ© que les spectateurs de ne pas avoir pu jouer.

fall : Qui est Alpha Blondy dans le monde du showbiz ?
A.Blondy : Je suis Seydou KonĂ© de mon Ă©tat civil et Alpha Blondy c’est juste un mec qui travaille d'arrache pied pour vivre et faire vivre ma famille dĂ©cemment de sa musique.

agc : Alpha est-il un artiste toujours aussi engagé, ou développe t-il de nouveaux thÚmes autre que la politique ?
A.Blondy : Je vais te faire une confidence : sincĂšrement, je n'ai jamais su ce que ça voulait vraiment dire qu'ĂȘtre un "artiste engagĂ©, je n’ai jamais fait autre chose que dĂ©noncer l'Ă©vidence. Ce sont les journalistes qui ont montĂ© ce personnage. Quand je suis revenu au ghetto en CĂŽte d’Ivoire, j'ai senti le malaise. Le candidat unique du parti unique, c'est de la foutaise. La politique n'est pas bonne, elle est ingrate. C'est un triste spectacle. C'est ce que j'ai voulu dire. Ce sont les journalistes qui ont fait de moi ce mec engagĂ© comme ils disent. C'est un terme, c'est flatteur, mais maintenant ça me dĂ©range. Aujourd'hui, je prĂ©fĂšre parler de la rĂ©alitĂ© de la vie au pays.

zrf : Qui sont les groupes que tu aimes écouter aujourd'hui ? Qu'est ce que tu penses de Tiken Jah Fakoly...
Stes : Dans le reggae actuel, tu écoutes des artistes comme Matisyahu ? Qu'en penses-tu ? Pourquoi pas un duo ?
A.Blondy : J'Ă©coute IsmaĂ«l Isaac, les petits frĂšres Kaloudja, au Temple du Reggae, Serge Kassy, Tiken Jah, je prĂ©fĂšre le dire ouvertement : je le dĂ©teste et je le dĂ©teste avec passion et ça me plaĂźt de le dĂ©tester. Il a cherchĂ© Ă  me dĂ©nigrer, Ă  me faire passer pour quelqu'un d'autre. Citons plutĂŽt des jeunes mecs du pays qui mĂ©ritent d’ĂȘtre connus comme Lucien le bassiste, Souley
 Il y a un vrai vivier, une pĂ©piniĂšre incroyable de talents en CĂŽte d’Ivoire. LĂ -bas, le reggae n'est pas une musique de mode, mais bien une musique qui relate le quotidien des artistes. Il faut savoir qu’il y a une soixantaine d'ethnies en CĂŽte d'Ivoire et ça joue Ă©normĂ©ment dans la grande diversitĂ© du reggae ivoirien, mais il y a aussi du bon reggae camerounais, burkinabĂ©, etc. Le reggae africain naĂźtra vraiment quand les producteurs s'en donneront la peine. Il faut faire de la place.

paowpaow : Je te verrai bien cher Alpha Blondy à l'initiative d'une école africaine de la musique. Qu'en penses-tu ?
A.Blondy : Ce serait gĂ©nial, mais je n'ai pas encore ces moyens-lĂ . J'ai investi dans l'immobilier en CĂŽte d’Ivoire, maintenant il faut que je gĂšre cet argent investi et je ne peux pas encore me permettre de tout investir dans la musique aprĂšs l'Ă©chec du lancement d'un studio oĂč il y a eu des cambriolages. On ne sait jamais, si jamais mon projet immobilier Ă©choue Ă©galement, pourquoi pas, mais chaque chose en son temps. Cette initiative serait bonne, mais devrait ĂȘtre rĂ©flĂ©chie : je veux faire une Ă©cole d'Ă©lite, avec des cours aussi bien en anglais qu'en français. C'Ă©tait un projet dont j'avais dĂ©jĂ  discutĂ© avec mon ami Jack Lang dans le temps... Cela demande beaucoup de nĂ©gociations. Le problĂšme de l'Afrique cela part de l'ignorance, j'aimerais que l'Afrique prenne sa revanche. Mon expĂ©rience plaide pour moi : je sors d'une famille trĂšs trĂšs modeste, et il a fallu que je me dĂ©brouille sur place pour payer tous ses sĂ©jours et expĂ©riences aux Etats-Unis. J'avais rencontrĂ© un ami du fils de l'ancien prĂ©sident HouphouĂ«t-Boigny, il m'avait promis une bourse qui n'est jamais venue, il a fallu que je fasse quelque chose auquel je crois : la musique.

sattou : Quelle a été exactement votre mission en tant que Ambassadeur de l'ONUCI ?
A.Blondy : Sattou, je vais peut-ĂȘtre vous surprendre : la politique je ne connais pas. Je ne suis pas politicien. Je ne suis qu'un simple messager qui a Ă©coutĂ© des conseils de tous les politiciens et qui en a dĂ©duit des propositions Ă  faire auprĂšs des grands dirigeants africains. En toute modestie, je pense avoir apportĂ© ma pierre et ĂȘtre aussi Ă  la base des accords d'Ouagadougou. Je suis un naĂŻf qui a tentĂ© de faire des propositions de sortie de crise et je dis "dieu merci" si ça a pu fonctionner dans certains pays. Pour revenir Ă  mon investissement pour mon pays, la Cote d'Ivoire n'est pas habituĂ©e aux Ă©lections dĂ©mocratiques du fait de l'appartenance des candidats aux ethnies et c'est cette logique de choix du candidat selon qu’il appartient Ă  telle ou telle ethnie qui joue le plus dans mon pays. Le discours c'est que je supporte Laurent Gbagbo parce qu'il s'est positionnĂ© comme supporter de la paix et non parce que je fais partie de la mĂȘme ethnie. Ce qui comptait pour moi c'est que la paix triomphe sur la guerre. J'ai eu droit Ă  une volĂ©e de bois vert mais j'avais le droit de supporter celui qui me semblait le meilleur pour la paix. Qui a dĂ©jĂ  vu un leader d'opinion sans opinion ? Personne. Tous les grands groupes ethniques ivoiriens sont censĂ©s ĂȘtre reprĂ©sentĂ©s au gouvernement, mais on est encore dans une logique de saupoudrage. Il faut sortir de cette logique ethnique, mĂȘme si j’estime que des progrĂšs ont Ă©tĂ© faits dans le sens oĂč actuellement, on ne peut plus parler vraiment d’état de guerre en CĂŽte d’Ivoire. L'ONU m'a ensuite traitĂ© de partial dans mes positions car je critiquais l’implication de la France et des Etats-Unis, mais j’ai trouvĂ© cette position injuste et hypocrite car qui critiquer alors si ce n’est certaines de ces influences nocives pour l’Afrique ?

hamady : Est ce que la musique peut participer au développement de l'Afrique ?
A.Blondy : Hamady, la rĂ©ponse est oui bien sĂ»r !! Bien sĂ»r que toutes ces guerres civiles, l'hypocrisie de la communautĂ© mondiale, ne peuvent aider au bon dĂ©veloppement de l'Afrique. L'Afrique ne peut pas ĂȘtre le terrain de jeu des intĂ©rĂȘts mondiaux comme en tĂ©moigne la situation en RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo oĂč on passe sous silence 8 millions de morts par exemple. L'Union Africaine a Ă©galement failli dans ses responsabilitĂ©s. Il faut arrĂȘter de nous prendre pour des cons. Il faut que Kadhafi se prenne au sĂ©rieux... Nous, les artistes africains, combattants pour la paix, on veut des gens qui reprĂ©sentent l'Afrique que nous chantons.

Lazeny : Comment vous faites pour maintenir la forme et ĂȘtre aussi charismatique depuis toutes ces annĂ©es et tous vos concerts Ă  travers toute la planĂšte?
A.Blondy : Lazeny, l'amour c'est le grand secret. La bonne humeur aussi. L'humour Ă©galement. C’est un savant mĂ©lange.

Gille : Et pour Haïti, que pouvons-nous faire selon vous ? Avez-vous agi déjà ?
A.Blondy : Oui. J'ai dĂ©jĂ  un projet. Au SĂ©nĂ©gal, ma sƓur pilote la crĂ©ation d'un disque de soutien aux HaĂŻtiens, avec moi, Youssou N'Dour, Bambino, Salif Keita, etc. Des super tĂȘtes d’affiche ! Un grand concert de solidaritĂ© s'organise aussi Ă  Dakar pour le 6 mars Inch'Allah. Un autre projet germe Ă©galement : il faudrait que chaque pays africain puisse envoyer 100 tonnes de riz en HaĂŻti.

Waly : Y a t-il un programme de concert pour l'Afrique? Quels sont les pays retenus ?
A.Blondy : Au Maroc, mon tajine m'attend toujours ;) J'adore ce pays qui m'a accueilli pour mon premier concert international. Des choses sont Ă©galement prĂ©vues au Mali et au Cameroun, mais je ne peux en dire plus pour le moment. Tout le monde sera tenu au courant de ce qui se passera.

Sami : Vos plus beaux souvenirs sur scĂšne ? Le meilleur public ?
A.Blondy : Il y en a plein. Je vais faire des jaloux. Si j'ai eu une chance inouĂŻe dans ma carriĂšre, c'est bien d'avoir pu commencer Ă  jouer en Live dans les grands stades notamment Ă  Yamoussoukro, Ă  Abidjan, Ă  Marrakech... Le jeune roi actuel Mohammed Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ  et j’ai la chance de le compter parmi mes fans. Le ZĂ©nith pour ma premiĂšre fois en France : le mec qui dĂ©barque directement des cocotiers pour Paris, c'Ă©tait aussi incroyable. La France m'a tendu les bras et j’y ai fait plein de tournĂ©es dans les festivals.

JB : Vous faites quoi en ce moment ? Préparation d'un nouvel album ?? On attend ...Merci Alpha
A.Blondy : Ça arrive grave !! C'est dans mon laboratoire secret avec une Ă©quipe française, une Ă©quipe ivoirienne, une Ă©quipe sĂ©nĂ©galaise. Vous serez avertis en temps voulu.

babylonz : Avec quel artiste français aimerais tu collaboré un jour ??
A.Blondy :
Pascal Obispo qui a une trĂšs belle plume. J'aime bien ses chansons. Il y avait un cĂŽtĂ© prophĂ©tique avec ce mec et le retrait que j’ai refusĂ© d'une phrase dans une des chansons qu'il avait Ă©crites.

titi : Y a t-il encore un artiste dans le monde qui représente un modÚle pour vous ?
A.Blondy : Je suis frivole en matiĂšre d'amour des artistes. J’ai des coups de foudre comme pour Florent Pagny, J'adore sa chanson N'importe quoi. George Benson et Fulgence Kassy me l'avaient fait Ă©couter. J'avais dĂ©jĂ  adorĂ©. Zaho aussi j’aime bien ce qu’elle fait. Morgan Heritage j'adore, j'ai fait une tournĂ©e avec lui Ă  HawaĂŻ, on s’était rencontrĂ© dans le Colorado. Et il y a Ă©videmment Burning Spear qui m’a marquĂ© Ă  jamais.

Merci Alpha Blondy. Le mot de la fin ?
A.Blondy : Nous sommes en campagne contre la guerre ! Les fans d'Alpha Blondy doivent soutenir ce combat contre la guerre, nous sommes en campagne et nous l’avons dit Ă  Nicolas Sarkozy et Ă  Barack Obama. Le frĂšre Barack Obama doit poser un acte d'abolition de la guerre. On ne parlerait plus de recherche de bombes nuclĂ©aires en Iran ou de guerres Ă  travers le monde, l'humanitĂ© pourrait accĂ©der Ă  ce Ă  quoi elle aspire au plus profond d’elle-mĂȘme : la paix intĂ©rieure et entre les hommes. Merci Ă  tous !