Paris
18/02/2010 -

Vous êtes devenu sociologue entre cet album et le précédent ?!
J’essaye juste d’écouter mes contemporains pour écrire des chansons ! Mais c’est vrai que j’ai beaucoup réfléchi entre ces deux albums. J’en avais marre d’être bouffé par l’image du chanteur de rock, qu’on me dise après les concerts "waouh, ça envoie du bois !", que tout repose sur un truc viril, sportif. Tu t’enfermes vite dans un personnage et après, tu t’interdis des harmonies, des arrangements, des sujets, des méthodes d’écriture parce que tu te dis : "c’est pas Luke". Tu rentres dans une binarité où tu deviens un gourou, un idéologue. Ça commençait à ne pas être très drôle et j’ai réalisé… qu’on s’en fichait ! Que c’était de la musique, que justement il fallait que ça soit multiple, différent, vivant.
Comment cette prise de conscience a joué dans l’élaboration de ce nouvel album ?
Avant, on composait la musique et ensuite on écrivait des paroles, parfois un peu par-dessus la jambe, si on avait le temps... C’était très automatique et franchement, parfois, ça aurait été pareil que de chanter en anglais. Là je me suis mis à écrire pendant la tournée des Enfants de Saturne (leur précédent album, ndlr), sans mélodies en tête, sans vraiment savoir si c’était pour Luke, mais pour entretenir le muscle. A la sortie des concerts, encore animé de leur énergie, j’ai découvert que j’écrivais d’autres choses, que je chantais d’autres choses.
Une société qui ne sait plus rire (Fini de rire) et ne sait pas pardonner (Le gardien de prison), le regard que vous portez sur notre époque est assez sombre…
Je m’en excuse profondément ! Je suis gai dans la vie mais dans la musique, je n’y arrive pas. Je m’inspire des traits communs de l’homme d’aujourd’hui, de notre monde moderne. Et je remarque qu’on est un monde sans humour, un monde qui ricane, qui se moque des faibles et qui encense les forts. Un monde où on met en prison et où on oublie. Il n’y a pas de morale à la fin des histoires que je raconte : mon boulot à moi, c’est d’ouvrir une fenêtre sur des sujets et de la refermer à la fin de la chanson.
A qui adressez-vous vos chansons ?
A ceux qui écoutent la musique naïvement, simplement. Pas à ceux qui sont snobs et qui jugent tout avec dix mille références. J’ai beaucoup d’amis non-spécialistes et c’est pour eux que je voulais faire des chansons.

Que pensez-vous des "baby rockers" français qui font le choix de chanter en anglais ?
C’est très bien ce qu’ils font mais je ne suis pas dans leur camp Que veulent-ils, que le français devienne une langue régionale ? Déjà les conseils d’administration des grandes entreprises sont en anglais. Bientôt, on va voter les lois européennes en anglais et faire des mathématiques et de la sociologie en anglais. Est-ce qu’on a envie que le français devienne la langue des pauvres, des ignorants, des artistes ? Moi non. Je suis pour l’internationalisation des cultures si elle aboutit à un métissage, pas à un mimétisme.
Fleur De la Haye
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