Paris
18/03/2010 -

Ensemble, ils vont graver trois disques, à commencer Assouf qui annonçait dès 1994 l’entrée de la musique touarègue dans le grand concert mondial. L’aventure prendra fin avec la mort tragique de Baly en juin 2005, dont le corps sera retrouvé sous les eaux de l’oued de Djanet, sa ville. "C’est lui qui m’a offert le goût pour la musique. Quand je le voyais jouer, je savais qu’il se passait quelque chose de fort. Sa musique est entrée en moi", se souvient son fils Nabil qui enfourcha sa première guitare à treize ans. Il va perpétuer l’œuvre de son père, en enregistrant avec Steve Shehan. Venu en 2007 à Djanet honorer la mémoire de son ami, ce dernier retrouve le fils de Baly. "J’avais laissé un enfant et je découvrais un jeune homme, grand, calme, élégant, inspiré, habité, c’est sûr."
Voyage dans le désert

A ses côtés, on croise un flûtiste sibérien, un sarangui indien, le son de la radio égyptienne, la trompette esthète d’Ibrahim Malouf, le duduk de Didier Malherbe, fidèle complice de Shehan au sein du Hadouk Trio… Des chemins détournés qui, au final, ne font que mieux en suggérer la beauté, infinie et essentielle, de ce paysage que Nabil envisage tel un personnage familier. "Le désert est comme un être cher qui occupe beaucoup nos pensées. J’en parle souvent dans mes chansons, comme le faisait mon père." Il a d’ailleurs dédié à ce "compagnon de ma vie" une superbe ballade, traversée d’échos.
"Nabil a une soif de musiques qui me rappelle aussi Baly. Mais contrairement à son père, il joue plus de guitare que du luth", analyse Steve Shehan. Impressions confirmées par le principal intéressé, qui a déjà signé quelques disques dont un avec le groupe Timitar, un nom que l’on peut traduire par "Mémoire", et s’est illustré lors de fêtes traditionnelles.
Guitariste avant tout

Et de citer parmi ses influences majuscules : Ali Farka Touré, Habib Koité, Francis Cabrel… Sans oublier, bien entendu, Tinariwen, dont il reprend l’emblématique thème Imidiwan sur son premier album marqué de son seul nom. On y retrouve aussi un chant de mariage de sa grand-mère et des poésies de son père, mises en musique par ses soins, Sanou Ag Ahmed, le guitariste de Terakaft, et une ode à sa ville Djanet, teintée de reggae. On y découvre surtout un musicien qui, pour être le légataire d’une longue lignée, chante en français et est résolument ouvert au monde des musiques.
Réminiscences flamenca, saturations rock, folk mélancolique et mêmes tentations électroniques… En clair, comme son père avant lui, Nabil est animé par cette curiosité nomade qui est la marque de fabrique des esprits esthètes du Sahara. Pour autant, comme ses aïeuls, le jeune Algérien sait bien d’où il vient : d’une société longtemps matriarcale, où les femmes étaient celles qui chantaient et frappaient les percussions.
Dans sa famille, les femmes sont chanteuses de mère en fille. "Le tindé reste bien sûr essentiel dans ma musique. Parce que ce sont les racines de la chanson touarègue. Comment faire pousser un arbre sans cela ? J’utilise le rythme tindé très souvent dans mes chansons et j’adapte également à la guitare des chants traditionnels de tindé." Ce n’est pas par hasard si le jeune homme a d’ailleurs baptisé son recueil : Tamghart In. Autrement dit, "ma mère" en tamasheq !
Jacques Denis
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