Paris
24/03/2010 -

En quoi avez-vous changé depuis vos débuts ?
J’ai commencé à 15 ans, j’en ai 31 aujourd’hui ! Mes préoccupations ont évolué, comme mon regard sur le monde. Aujourd’hui, je me sens davantage concerné par les problèmes sociaux, politiques, plus responsable. Forcément, ça se ressent dans l’écriture : plus sombre, plus cynique. Et puis nous avons connu toutes les étapes, des tremplins dans des MJC désertes aux têtes d’affiche dans des salles mythiques, telles l’Olympia. Un parcours que nous n’avons jamais programmé. Nous avons toujours joué sans calcul, motivés par le seul plaisir, avec notre énergie et nos faiblesses... C’est peut-être pour cela que le public nous suit !
Comment jugez-vous l’évolution du hip hop hexagonal ?
Je me situe à l’opposé de ce qui se dit, à savoir que le hip hop est mort. Pour moi, il n’a jamais été aussi fort : il est riche, diversifié, il a mûri ! Un mec comme Oxmo Puccino s’entoure de vrais musiciens ; Abd Al Malik, issu d’un rap brut, collabore aujourd’hui avec des classiques de la chanson française, tandis que d’autres artistes continuent sur la trace d’un hip hop pur et dur... De notre côté, nous mixons notre flow à une bande-son très jazz. Des exemples variés qui dessinent un vivier du rap français, avec des ponts entre différents styles. Plus il y aura ce genre de passerelles, plus nous nous rapprocherons de l’esprit originel du hip hop, né du recyclage, opéré par le DJ qui samplait des breaks de batteries, des chorus funk... Tant qu’on gardera ce métissage, cette idée de transformer l’énergie négative en force positive, le hip hop restera un mouvement fort !
De quoi s’inspire votre musique ?
Notre source musicale reste la musique black des années 1970, et toutes ses influences : un courant intarissable ! Mais on tâche aussi de s’ouvrir aux musiques du monde – sud-américaines, asiatiques... On repousse nos horizons stylistiques, notamment grâce aux collaborations, pour mener notre univers le plus loin possible. De manière artisanale, couche par couche, on fabrique des détails susceptibles d’être découverts à chaque écoute...

Vos critiques de la société s’accompagnent toujours d’humour. Un désir de rapper léger ?
L’humour reste un moyen de faire passer ses revendications, d’exprimer ses révoltes de manière efficace. On se souvient parfois plus d’une phrase drôle que d’une colère exprimée au premier degré ! Et puis je ne saurais faire autrement, comme je l’explique dans Le Majeur qui me démange. Il faut toujours que je détourne les propos : je n’arrive pas à pousser de véritables coups de gueule...
Anne Laure Lemancel
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