Paris
02/04/2010 -

Comme en de nombreux autres endroits du continent africain, les 78 tours de la fameuse série GV, parus entre 1933 et 1958, ont eu au Sénégal un impact déterminant sur l’orientation et le développement de la scène musicale. Lancés par His Master’s Voice (La voix de son maître), label britannique au logo reconnaissable, ces 250 enregistrements pressés à bas coûts étaient destinés au marché africain afin de susciter une demande locale et donc de créer de nouveaux débouchés pour l’industrie du disque.
Sur ce catalogue, la grande majorité des titres appartenaient au répertoire cubain alors très en vogue à New York. Le succès que rencontrèrent ces disques estampillés GV dépassa tous les espoirs : certains morceaux, comme El Manisero, sont devenus de véritables classiques, de Dar Es-Salaam à Dakar en passant par Léopoldville.
La musique, tout à coup, rappelaient qu’entre des peuples séparés par l’histoire au moment de la traite négrière, des liens insoupçonnés de parenté culturelle avaient tout de même résisté à l’épreuve du temps. Ce sentiment, partagé par toute une partie de l’Afrique, a contribué à la naissance de la rumba congolaise et explique les fondements de la popularité qu’elle a aussitôt rencontrée à l’échelle du continent.
Jazz et orchestres

Le rapprochement opéré avec la culture américaine en cette période de pré-indépendance, qui est aussi une façon de se détacher de l’influence de la France, permet l’arrivée de la salsa sur le continent. C’est en effet à New York que la musique cubaine prend cette nouvelle forme.
De l’autre côté de l’Atlantique, bien que les chanteurs reproduisent souvent de façon phonétique les textes en espagnol, l’engouement dépasse le simple phénomène de mode importé. Le souvenir de cette époque reste encore aujourd’hui très présent, que ce soit à travers l’existence du groupe Africando dédié à la salsa, l’enregistrement il y a quelques années du projet Los afro-salseros de senegal en la habana, le documentaire Sénégal Salsa de Moustapha Ndoye…
Star Band & co
Fusion du Guinéa Jazz et du Tropical jazz, le Star Band s’installa donc au Miami qui devint un haut leu de la vie nocturne dakaroise. Le groupe réunissait la plupart des meilleurs musiciens de la ville, à l’image du saxophoniste nigérian Dexter Johnson ou encore du chanteur Emmanuel Gomez – qui réapparut dans la décennie suivante sous le nom d’Umban Ukset lorsqu’il participa à l’aventure West African Cosmos avec Wasis Diop.

Puis le chanteur gambien Laba Sosseh, personnage phare de l’afro-salsa, rejoignit les rangs du Star Band. Véritable institution musicale du pays, cette équipe de choc a joué un rôle de matrice, donnant naissance à de nombreuses autres formations, survivant aux scissions et au renouvellement incessant des effectifs jusqu’à la fin des années 70. Sur la liste de ceux qui ont fréquenté cette "école" figure évidemment le nom de Youssou N’Dour.
Le rayonnement culturel du Sénégal, en ces années d’après indépendance, est évidemment lié à la renommée de son chef d’État, Léopold Sedar Senghor. La première édition du Festival mondial des arts nègres, qui se tient à son initiative à Dakar en avril 1966, rassemble de nombreux chanteurs et musiciens du continent. L’événement offre aussi l’occasion aux artistes du pays organisateur de se mettre en valeur, à l’exemple du saxophoniste Bira Gueye (récemment disparu), auteur de l’hymne du festival chanté par sa complice Mada Thiam. L’heure n’est pas encore au mbalax mais l’usage plus fréquent du wolof dans les chansons annonce l’affirmation d’une identité musicale qui se concrétisera dans la décennie suivante.
Bertrand Lavaine
14/05/2009 -
21/09/2007 -
09/05/2007 -