Reportage
Angoulême
25/05/2010 -

Dans ces musiques d’inspirations traditionnelles qui font l’essence du festival Musiques Métisses, celles de Madagascar ont toujours bénéficié d’une attention particulière sur les bords de la Charente. Les liens d’amitié très anciens entre Christian Mousset, directeur artistique de l’événement, et le bluesman Tao Ravao, n’y sont pas étrangers. A chacun de ses séjours sur la Grande Île, ce musicien franco-malgache rapportait des cassettes au patron du magasin de disques qu’il fréquentait quand il était lycéen. Le travail de sensibilisation fait par ce précieux informateur a porté ses fruits après la naissance du festival. Jaojoby, D’Gary, Vaovy, Rajery, Regis Gizavo… : pour la très grande majorité des artistes malgaches reconnus à l’échelle internationale, Angoulême a souvent joué le rôle de tremplin.
Rock folk malgache

Le trio de musiciens a trouvé ses marques et, du coup, s’est mis au service du répertoire de Charles Kely, dont le second album personnel est en finition. Sans se rattacher de façon claire à l’un des genres musicaux de la Grande Île, son style emprunte à la fois au rythme du salegy de la côte nord-ouest et au ba gasy des hauts plateaux. A Antananarivo, dans le quartier d’Anjanahary où il a grandi, pas loin du vieux cimetière situé sur une des collines de la capitale malgache, il a d’abord commencé à chanter sous la férule de ses trois grands frères alors qu’il avait à peine quatre ans : "Tous les jours, ils m’obligeaient à reprendre des chansons traditionnelles", se souvient-il. Le jeune garçon devient soliste de la chorale à l’église protestante qu’il fréquente, puis s’initie à la guitare. Un livre de solfège (en espagnol !) qui traîne dans la maison lui permet de progresser à grands pas et de se mettre au jeu en open tuning (accords ouverts). Reformant le groupe familial avec lequel son père - employé des chemins de fer mais passionné de musique et de théâtre -, allait de village en village, il participe à quelques émissions et se fait remarquer par Rajery grâce à son morceau Ifarakely, "du rock folk à la malgache".

Pour Mami Bastah, programmé le même soir que Charles Kely, le festival d’Angoulême était une découverte. Le prix de l’océan Indien - qui lui a été attribué en fin d’année dernière - a donné un coup d’accélérateur bienvenu à sa carrière, près de trente ans après ses débuts au sein du groupe Remy à la notoriété régionale. Marqué par Bob Dylan, Cat Stevens et bien sûr ses aînés de Mahaleo (septuor emblématique de la mouvance folk song malgache originaire de la même ville d’Antsirabe), ce chanteur-agriculteur a opéré un virage artistique lorsqu’il a décidé de "faire cavalier seul" pour défendre le tandonaka, une musique ternaire quasiment oubliée, tout en l’inscrivant dans la modernité avec les instruments contemporains. Longtemps, il a cherché à la connaître, se méfiant de ce qu’il entendait parfois ça et là et qui le laissait dubitatif. Jusqu’à cette rencontre aussi fortuite que décisive, en 2004 : "J’ai fait un cabaret dans un village, et j’ai rencontré un vieux musicien de quatre-vingt quatorze ans. Ce n’était pas un joueur de tandonaka, mais il en connaissait les structures et il m’a raconté tout ce qu’il savait." Associé depuis un peu plus d’un an aux jeunes musiciens du groupe Mboutah, qui le connaissent depuis longtemps, Mami Bastah s’est à son tour transformé en passeur de traditions.
Bertrand Lavaine
06/05/2009 -
28/08/2007 -
16/06/2006 -