Paris
30/07/2010 -

Que cela vous apporte-t-il, en tant que musicien et compositeur, de jouer Bach ?
C’est une grande leçon d’humilité. Bach était un artisan de la musique. Il n’y a jamais d’artifice gratuit dans ses compositions. Sa musique est toujours très profonde, très humble. Et puis, je prends un vrai plaisir à jouer cette musique en sextet, à faire jaillir de l’émotion classique. C’est très différent de jouer de la musique contemporaine ou du jazz.
En 1979, vous avez repris Ravel et Debussy, aujourd’hui Jean-Sébastien Bach, avez-vous hérité d’une culture classique ?
Disons que je me suis toujours intéressé à la musique classique. Enfant, je recopiais les résumés de la vie des grands compositeurs. J’avais quelques disques vinyles que j’écoutais beaucoup : Chopin, Gioacchino Rossini… Après il y a eu le conservatoire, j’ai approfondi ma culture classique et j’ai découvert le jazz qui me fascinait tout autant. Aujourd’hui, toutes les musiques me plaisent ! Hier, par exemple, je me suis installé à la batterie de mon fils, j’ai mis un disque de James Brown et je me suis amusé à jouer funky ! Pour revenir au classique, j’ai horreur de l’idée de la musique "savante".

Comment le public réagit à ce nouveau disque ?
Très bien ! C’est une bonne surprise : il est arrivé en tête des ventes de musique classique. Mais il y a encore un certain racisme musical : il y a deux ans, j’étais à une émission et une dame dans le public a réagi au projet en disant "Bach à l’accordéon, c’est rigolo". Les clichés sont tenaces ! Même si l’image de l’instrument a beaucoup évolué en France, on a du mal à considérer l’accordéon comme un instrument à part entière. Pourtant, c’est un instrument universel très utilisé dans le forro au nord du Brésil ou dans les Balkans par exemple ! Sur scène, j’ouvre souvent le spectacle avec Bach, puis Piazzola, ensuite mes propres compositions. Je joue strictement la partition écrite de Bach, je n’improvise pas du tout. Dans le public l’ambiance est quasi religieuse et il se passe quelque chose de magique avec les musiciens. Ensuite, avec Piazzola, le public se sent plus à l’aise, réagit plus ouvertement, se lâche un peu plus.
Richard Galliano sextet : "De Bach à Piazzola", Parc Floral, dimanche 1er août, 16H30, en clôture du Paris Jazz Festival.
Richard Galliano joue Bach (Deutsche Grammophon/Universal Jazz) 2010
Eglantine Chabasseur
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