Joe Dassin, le géant réhabilité
Disparu il y a 30 ans
Paris
20/08/2010 -
Cela fera trente ans le 20 août que s’est éteint le plus américain des chanteurs français. Et le nombre des grands classiques qu’il a laissés dans les mémoires fait qu’il est sans doute plus respecté aujourd’hui qu’il ne le fut de son vivant.
Le 20 août 1980, au premier étage d’un restaurant sur le port de Papeete, en Polynésie française, Joe Dassin déjeune avec quelques amis. Soudain, il s’effondre. Après trois infarctus, son organisme n’a pas résisté plus loin à sa double vie de patachon et de forçat volontaire des variétés. Il devait avoir quarante-deux ans quelques mois plus tard.
Curieusement, le trentième anniversaire de sa mort est célébré dans les médias français avec infiniment plus de respect et de tendresse que l’annonce de sa mort elle-même. En 1980, c’est un chanteur de variétés qui disparaît, le parangon de cette génération à paillettes, qui de toute sa carrière n’a jamais été interviewé par un journal sérieux, qui n’a jamais été l’objet d’une critique dans
Le Monde ou dans
Télérama. Aujourd’hui, il apparaît comme un des plus sûrs représentants d’un certain âge d’or de notre chanson, à la fois populaire et pop, efficace et sincère, très française et très marquée par l’empreinte anglo-saxonne…
En seize albums et quarante-six 45 tours de 1965 à 1981, il semble avoir trouvé la pierre philosophale d’une variété à la fois légère et élégante, à la fois parfaitement à l’aise sur le plateau télé de Maritie et Gilbert Carpentier (
célèbre couple de producteurs qui a animé diverses émissions de variétés dans les pays francophones entre les années 1950 et 1990, ndlr) et toujours héritier de l’extrême exigence de
Georges Brassens.
Brassens sur un campus américain
Il est vrai que toutes les fées se sont penchées sur son berceau : Joseph Ira Dassin naît le 5 novembre 1938 à New York de Jules Dassin, cinéaste américain, et Béatrice Launer, violoniste hongroise. À peine sorti de l’enfance, il arrive en Europe quand son père est chassé des États-Unis par le maccarthysme. Pensionnats suisses et culture française avant le retour aux États-Unis, son bac en poche. Études de langues et d’ethnologie, premiers pas en littérature avec des concours de nouvelles, rencontres avec Pete Seeger ou Berry Gordy, passion pour Bob Dylan, débuts de musicien des rues
en chantant du Brassens en français sur son campus... De retour en France, il pense au cinéma et assiste son père sur le tournage de
Topkapi, avant d’aborder la chanson par un concours de circonstances. C’est sans doute parce que ses deux premiers 45 tours sont des échecs qu’il persévère. Presque deux ans après ses débuts,
Bip Bip et
Guantanamera le lancent auprès du public et du métier.
Nous sommes en 1966. Dès lors, pendant quatorze, Joe Dassin ne va plus quitter les sommets des hit parades et les programmations des radios : Les Dalton en 1967, Siffler sur la colline, La Bande à Bonnot et Le Petit Pain au chocolat en 1968, Les Champs-Élysées et Le Chemin de Papa en 1969, L’Amérique et L’Équipe à Jojo en 1970, La Fleur aux dents en 1971, Taka takata, La Complainte de l’heure de pointe et Salut les Amoureux en 1972, Fais-moi de l’électricité et Le Moustique en 1973, Si tu t’appelles Mélancolie en 1974, L’Été indien, Et si tu n’existais pas, Ça va pas changer le monde et Il faut naître à Monaco en 1975, Le Jardin du Luxembourg et Le Café des Trois Colombes en 1976, A toi en 1977, Si tu penses à moi en 1978, Le Dernier Slow en 1979, Faut pas faire de la peine à John et The Guitar Don’t Lie en 1980…
Un flair étonnant
Américain, il se révèle d’un flair étonnant pour repérer la chanson qui touchera le public français :
Ode to Billie Joe de Bobbie Gentry qui deviendra
Marie-Jeanne,
City of New Orleans et
A Boy Named Sue de Johnny Cash qui deviendront
Salut les amoureux et
Un garçon nommé Suzy… Il n’y a pas qu’aux États-Unis qu’il prend des chansons :
Siffler sur la colline, L’Été indien, Le Dernier Slow ou
Le Petit Pain au chocolat sont à l’origine des chansons italiennes,
La Complainte des heures de pointe était allemande,
L’Amérique est un tube… anglais ! Et il sera un des premiers à repérer Bob Marley en France, en adaptant
No Woman No Cry sous la forme de
Si tu penses à moi qui, il faut bien le reconnaître, n’est plus tellement reggae dans sa version… Avec plus de 250 chansons en français et en anglais pour le marché français, il enregistre aussi en espagnol, allemand, italien, grec et japonais. À sa mort, il a déjà vendu cinquante millions de disques.
Car une des caractéristiques de Joe Dassin est d’être un travailleur acharné. Il accable de consignes et de demandes de corrections ses paroliers (notamment Claude Lemesle, aujourd’hui président du conseil d’administration de la Sacem, et Pierre Delanoë), il écoute des centaines de "démos" et de 45 tours du monde entier pour sélectionner des chansons, il occupe souvent ses vacances à l’étranger à des émissions de télévision et enregistrements pour le marché local… Et, quand il ne travaille pas à sa propre carrière, il écrit pour les autres, comme France Gall (Bébé requin) mais surtout son copain Carlos (Big Bisou, Señor Météo, Le Bougalou du loup-garou)… Peut-être était-ce parce qu’il faisait si bien partie du paysage quotidien que l’on n’a pas vraiment perçu, de son vivant, combien immense était le talent de Joe Dassin.
Sélection des plus beaux hommages
Quelques compilations anciennes plus ou moins relookées, quelques livres un peu opportunistes (aucun ne dépasse Puisque tu veux tout savoir, Confidences à Julien Dassin, publié en 2005 chez Albin Michel par Claude Lemesle, parolier et complice du chanteur), des soirées télé… Trois événements émergent de la nuée de nouveautés estampillées Joe Dassin 2010.
Il était une fois Joe Dassin : après que les chansons de Joe Dassin eurent déjà fourni la matière de quelques spectacles de plus ou moins vaste ambition ces dernières années, c’est la comédie musicale
Il était une fois Joe Dassin, qui va tenir le haut de l’affiche des célébrations. Le spectacle est mis en scène par Christophe Barratier, le réalisateur des films
Les Choristes et
Faubourg 36.
À partir du 1er octobre au Grand Rex, puis en tournée dès le 17 novembre.
Dassin symphonique : Et si tu n’existais pas, Salut les amoureux, Il était une fois nous deux… Quinze tubes de Joe Dassin ont été choisis pour une transposition opulente avec l’Orchestre Symphonique de Budapest, l’enregistrement original de sa voix étant nappé d’interventions de musiciens classiques.
Dassin symphonique (Sony) A paraître le 15 novembre 2010
Joe Dassin, les 100 plus belles chansons : sous le désormais classique boîtier de métal, cinq CD à prix doux pour cent chansons, avec évidemment tous les tubes et un large échantillon de chaque époque de sa carrière. On regrette seulement que Sony n’ait pas inclus dans ce coffret une ou deux des curiosités que représentent aujourd’hui les chansons enregistrées par Joe Dassin dans quelques langues étrangères et notamment en allemand (pour L’Été indien devenu Septemberwind, L’Équipe à Jojo sous le titre Noch eine letzte Zigarette, il faut aller sur iTunes). En revanche, on est bien heureux de retrouver deux chansons exhumées lors de précédents célébrations anniversaires en 2005, Trois caravelles et Depuis l’année dernière.
Joe Dassin Les 100 plus belles chansons 5 CD (Sony) 2010
Bertrand
Dicale