Paris
23/08/2010 -
Pour sa troisième année d’existence, déjà marquée par deux tournées en France, Ny Malagasy Orkestra écrit la première ligne de sa discographie avec Masoala, un album dans lequel les identités régionales de la Grande Île de l’océan Indien trouvent les moyens de dialoguer pour donner une image unie de leur culture. Une philosophie à laquelle tient particulièrement le joueur de valiha (cithare tubulaire en bambou, ndlr) Justin Vali, au cœur du projet.

Comment avez-vous sélectionné les membres de la formation ?
En 2007, avec mon trio, on a fait une tournée dans les Alliance française à Madagascar. Près de vingt concerts. Donc c’était l’occasion d’organiser les auditions en même temps. Avant d’arriver, on faisait passer l’info qu’on essayait de trouver les meilleurs musiciens locaux qui avaient le profil pour faire partie de l’orchestre. Il fallait que ce soit des gardiens des traditions mais le côté humain était également important : ce n’est pas évident de vivre plusieurs mois en tournée avec des cultures différentes, sans se connaître. Je leur ai dit qu’on devait montrer nos valeurs ancestrales, ce qu’on appelle ici le fihavanana : la solidarité et l’entraide entre tous les Malgaches. Le premier concert de l’orchestre a eu lieu à Fianarantsoa l’année suivante. C’était une petite tournée de rodage de sept ou huit dates, qui s’est terminée au Centre culturel français à Antananarivo.

L’orchestre ne fait-il pas concurrence au quintet Malagasy All Stars, dont vous êtes aussi membre ?
Ça n’a rien à voir. Dans le All Stars, chacun de nous a un style bien précis, et le répertoire n’est pas du tout le même. Celui de l’orchestre est basé sur les instruments traditionnels et les styles musicaux différents.
L’album s’achève sur un morceau du roi Radama II. Pourquoi l’avoir choisi ?
La musique classique malgache se trouve toujours sur les Hauts plateaux. A une certaine époque, à cause des liens avec les Anglais et les Français, les musiques occidentales était très présentes au palais. Même le roi a composé plusieurs œuvres. Souvent, quand on interprète Izahay sy malala, c’est à la valiha et à la guitare. Je me suis demandé comment ça sonnerait si on faisait entrer les petits violons du Sud, le kabosy (petite guitare) qui n’ont jamais joué avec la musique classique. Pourquoi ne pas réorchestrer avec tous ces instruments traditionnels ? J’avais une image en tête : nous, Malgaches, on peut tous dialoguer avec notre musique.

Ny Malagasy Orkestra Masoala (Cinq Planètes/L’Autre Distribution) 2010
Bertrand Lavaine
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