Paris
30/08/2010 -

La grande affaire est évidemment la chanson qui donne son titre à l’album, reprise actualisée de son Être une femme, sorti en 1980 (Femme des années 80 / Mais femme jusqu’au bout des seins). Sur une rythmique électro sans beaucoup de grâce, il dessine le portrait des femmes d’aujourd’hui moitié admiration, moitié compassion : "Depuis les années 80, les femmes sont des hommes à temps plein". Évidemment, les féministes de stricte obédience trouveront beaucoup à redire à son texte, à commencer par l’introduction dans laquelle il imagine qu’il vit "l’étrange drame d’être une femme". Et, vers la fin de la chanson, il évoque les "amours d’automne" qui consistent essentiellement à "Laisser un homme faire ce qu’il veut / Et puis s’endormir contre lui", ce qui peut sembler un peu sommaire, même pour un automne.
Cris des féministes

Imperturbablement, donc, des Ricains (sa première chanson censurée à la radio) à Je suis pour, du France au Bac G, il a suscité plus qu’aucun autre chanteur français les commentaires des éditorialistes. Et, si l’on veut absolument trouver matière à s’indigner, on le trouvera facilement dans quelques autres chansons de cet album, lorsqu’il évoque le revers de la liberté des femmes (Elle vit toute seule) ou un catalogue des figures de l’imbécillité humaine (Lequel sommes-nous). Cependant, il est flagrant que Sardou ne se cherche plus d’ennemis, qu’il ne prend plus plaisir à la bagarre, qu’il ne jubile plus d’être brûlé en effigie. Et on trouvera peut-être plus souvent chez lui une lassitude navrée ou une moue effarée devant son époque que de grands cris de colère.
Finies la folie et la furie

À la sortie d’Hors format, son précédent album, il y a presque quatre ans, il nous disait : "Il y a seulement 10 % de nous dans les chansons. À 90 %, ce sont des rôles, on raconte une histoire comme on jouerait un personnage". Il reste que ses personnages conviennent bien à ce qu’il est devenu aujourd’hui, un artiste qui n’a plus grand-chose à prouver et qui poursuit sa carrière dans la chanson comme au théâtre uniquement pour le plaisir, sans plus d’angoisse ni de rage.
On prendra pour un signe que la chanson la plus faible de l’album soit Nuit blanche à Rio, plate carte postale de l’hédonisme et de l’érotisme du carnaval, qui manque singulièrement d’inspiration, d’originalité et de la vérité foncière qui transparaît partout ailleurs sur cet album. Plus humaines, plus intimes, les autres chansons d’Être une femme 2010 dévoilent un Michel Sardou qui, peu à peu, a fini par fendre l’armure, par transformer sa grosse voix en gravité, par trouver toujours plus de cœur sous ses tubes.
Bertrand Dicale
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