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Sylvie Vartan, toujours le même âge

Nouvel album, Soleil Bleu


Paris 

03/12/2010 - 

Avec presque 50 ans de carrière à son actif, Sylvie Vartan revient avec un tout nouvel album, Soleil Bleu, dont elle a confié la réalisation à Keren Ann et au chanteur Doriand : au fil de textes concoctés par ce duo, Etienne Daho, Benjamin Biolay ou encore la Grande Sophie... cette égérie incontestée de la chanson française s’y dévoile en toute intimité. Humble et souriante, l’artiste réaffirme aujourd’hui son enthousiasme inébranlable, son goût pour la scène et son amour de la vie.




RFI musique : Quels désirs impatients ont présidé à la réalisation de Soleil Bleu, un an seulement après votre précédent opus, Toutes peines confondues ?
Sylvie Vartan :
C’était l’envie de travailler avec Keren Ann et Doriand. A vrai dire, je n’étais pas pressée. Je commençais tout juste à collecter des chansons quand, lors d’une discussion avec mon ami Etienne Daho, le nom de Keren s’est imposé. Autour d’un thé et petits gâteaux chez Etienne, Keren et Doriand m’ont présenté Je fais la moue. J’ai adoré ! Puis tout s’est enchaîné. Ils m’ont concocté quatre autres chansons, et je leur ai moi-même apporté une sélection de titres (de David Hallyday, la Grande Sophie, Etienne Daho, Benjamin Biolay... ndlr) qu’ils ont adoptés. A la réalisation et à l’instrumentation, ils ont unifié et peaufiné les couleurs de l’album, avec leurs arrangements de corde somptueux. J’ai moi-même enregistré rapidement, parfois en une seule prise. En six mois, le disque était bouclé ! Et, pour une fois, j’assume totalement tous les titres, des ballades romantiques aux titres plus pop. C’est un miracle, une extraordinaire moisson !

La rapidité de la réalisation témoigne-t-elle d’une réelle connivence entre Keren Ann, Doriand et vous-même ?
 
Je parlerais même d’un coup de foudre, à la fois humain et artistique ! Il n’y a eu aucun aller-retour : c’était immédiat, le bonheur total ! Ça ne m’est arrivé qu’une seule fois au gré de ma carrière... Quand un artiste que vous ne connaissez pas personnellement vous propose une chanson, ça tombe en général à côté de la plaque. Mais eux deux ont su cerner ma personnalité au plus juste ! Je leur ai par exemple, suggéré un titre sur le détachement. Ils m’ont apporté Je me détacherai, dont je n’ai pas changé une seule virgule, avec cette impression étrange qu’il s’agissait de mes propres mots. Keren est une fille formidable, extrêmement sensible, qui possède beaucoup d’élégance. J’aime son côté discret, à l’écart de toute clique. Elle n’est que musique.

Cet album vous ressemble donc étrangement ?
Chanter, c’est un phénomène à la fois libérateur et révélateur : on incarne ses joies, ses chagrins, ses erreurs... Il s’agit alors d’un acte extrêmement impudique. Notre personnalité s’exprime dans le choix des titres, dans leur interprétation. Je ne peux donc chanter que ce que je ressens personnellement. Et puis dans Soleil Bleu, à la tonalité à la fois triste et joyeuse, il y a cette fraîcheur, cette esthétique un peu yé-yé, qui se conjugue à mon intimité. Je trouve que ma voix y sonne différemment et rejoint la couleur de mes premiers disques.

N’avez-vous jamais songé à écrire vos propres textes ?
Je suis capable de composer, mais lorsqu’il s’agit de mots, je planche trop, je ne suis jamais satisfaite. Cela requiert trop de temps : une denrée précieuse que je ne possède pas. Je laisse donc le soin des paroles à ceux qui le font mieux que moi...

Parlez-nous de vos deux duos avec Julien Doré et Arthur H... Les connaissiez-vous ?  
Ni l’un ni l’autre, mais je suis partie avec Julien au Japon, et nous avons bien rigolé ! Quant au duo avec Arthur, Sous ordonnance des étoiles, je le trouve magnifique : l’auditeur assiste à une histoire d’amour singulière, porte entrebâillée, qui le met dans une situation de voyeur...

Etes-vous flattée de la façon dont vous perçoit cette nouvelle génération ?
Flattée, non, mais je trouve formidable qu’après toutes les chansons que j’ai pu enregistrer, je puisse encore éprouver autant d’enthousiasme. C’est rare de ressentir cette fraîcheur, cette envie, qui me vient de la rencontre de gens exceptionnels, des artistes qui partagent avec moi le même regard sur la vie... Se retrouver dans quelqu’un, c’est toujours extraordinaire !

Vous avez commencé votre carrière dans les années 1960. Qu’est-ce qui a changé depuis vos débuts ?
Si je regarde à la loupe, tout a changé ! Mais dans les grandes lignes, cela reste immuable. J’ai toujours le même âge car ce métier possède la faculté de transcender le temps. Quand on a la chance, comme moi, d’avoir un public, de vivre sa passion, ses rêves, de mener son art selon ses envies, avec une liberté totale, ce bonheur fou donne l’impression que le temps s’est figé. Et c’est toujours la même chose : retrouver le public, les tournées, les voyages, les hôtels, les musiciens, l’ambiance... Toujours la même folie, le même enthousiasme, les mêmes angoisses et le même trac, en plus grand.

Vous abordez donc toujours la scène avec le même plaisir ?
Sur scène, on oublie tout. C’est un anesthésiant total du quotidien. Si la lassitude s’installe, le rêve s’achève. On ne fait pas ce métier pour les mauvaises raisons, d’une manière forcée, pour l’appât du gain ou de la célébrité. On l’exerce pour le bonheur d’oublier le reste, d’anéantir le chagrin, d’échapper, l’espace d’un instant, aux prises de la réalité.

Vous vous déclarez donc comblée ?
Avec un regard qui balaye toutes ces années, je ne vois en effet que des bonheurs. Chanter apporte des émotions intenses, très sensuelles, comme ce partage de vibrations avec le public. Je m’estime donc extrêmement privilégiée d’avoir connu tous ces voyages, tous ces pays, toutes ces aventures, qui n’ont fait qu’enrichir l’artiste que je suis. Avoir un enfant, ressentir ses joies, ses peines, vivre, ou simplement survivre... ça affine les sensations, la sensibilité, et finalement, on interprète les émotions différemment. Avec beaucoup plus de profondeur...


Je me détacherai (avec Doriand)

 

Sylvie Vartan Soleil Bleu (Sony Music) 2010
En concert le 5 décembre au théâtre du Chatelet à Paris

Anne Laure  Lemancel