Paris
18/05/2011 -

Lyrique, surtout, car la diva s’y dévoile sans fard, avec des sentiments à peine voilés, crus, à mains ouvertes : face au miroir, la môme Ringer se regarde seule, sans ce double, cet amoureux avec qui elle a partagé la scène et sa vie pendant 28 ans, le père de ses trois enfants. En novembre 2007, Fred Chichin s’éteint des suites d’un cancer foudroyant, en pleine tournée pour l’album Variéty. Et parce qu’il lui fait promettre, Catherine continue la tournée sans lui, avec ce sous-titre, "chante les Rita Mitsouko" : une manière de partager le deuil avec le public.
S’ensuivent alors les projets, tels ses collaborations aux films Liberté (Tony Gatlif) ou Adèle Blanc-Sec (Luc Besson), et l’enregistrement d’un album hommage à Nino Rota. Puis Catherine se tait. Elle qui croit en cet adage napolitain, "Qui ne chante pas ne va pas bien", a cessé de siffloter, de pousser la mélodie, toujours et partout : un mutisme, dont la sortira Mark Plati, producteur du dernier album des Rita.
Dix jours de squat chez Madame en juillet 2008, redonneront à "La Ringer" le goût d’écrire. Dans une solitude nouvelle, elle construit des chansons, avec la discipline, la précision et le métier, hérités de Fred, unis à son propre goût de la folie et de la démesure. Comme elle veut un album qui se danse, elle fait appel aux services de la rappeuse Missy Elliott, alors prise par d’autres engagements. Ce sera finalement RZA, du Wu-Tang Clan, qui arrangera ses chansons à Los Angeles, avant que Catherine ne vire 80% de ses réalisations, et ne retourne voir Plati.
Catherine à facettes multiples

Mais surtout, il y a cette perle, qui illumine l’album, ce Mahler : sur l’admirable adagietto de la Symphonie N°5 du compositeur viennois, Catherine Ringer déroule l’hommage et le cri d’amour à son homme disparu. Du murmure vibrant au chant passionné, elle rappelle qu’elle aurait pu être cantatrice classique, si son goût de l’éclectisme et du rock'n’roll ne l’avait toujours portée. Surtout, elle témoigne de la présence de Fred Chichin dans chacune de ses notes et dans sa chair. Dans le miroir et sur l’album, Catherine n’est finalement jamais seule. Ainsi conclut-elle ces quatre minutes d’impudeur magnifique : "Au fond de moi, oui, c’est bien toi/Encore toi/ Ton regard est dedans mes yeux/ Oui, c’est ta flamme/ Et je suis deux".
Anne Laure Lemancel
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