Dossier
13/08/2009 -

C’est l’hiver sur l’île de La Réunion. A Saint-Pierre, sur le front de mer, un vent soutenu charrie les odeurs de carri poulet et de piments farcis. Pour cette première soirée, gratuite et populaire, le Sakifo met en valeur les musiciens de l’océan Indien : ceux de l’île bien sûr et leur hypnotique maloya, mais aussi ceux de la sous-région : Madagascar, Maurice et Mayotte.
Difficile de tout voir, car les concerts se déroulent en simultané, sur quatre scènes, installées au bord de la plage. Au Grand Large, Tikok Vellaye démarre les festivités avec son jazz créole vitaminé, nourri de maloya et d’influence "malbar", la couleur indienne de La Réunion. Un peu plus loin, à côté du café de la gare, 974 Reggae balance un dub explosif, dopé par une trompette sacrément efficace. Luciano, le chanteur, vient du quartier populaire du Chaudron, à Saint-Denis. Il a tissé un collectif qui navigue entre différentes tendances reggae : roots, dub ou ragga.
On continue. A la Capitainerie, l’ambiance a l’air du tonnerre : quatre jeunes femmes en blanc, dansent, chantent, et tapent même le roulèr, le gros tambour du maloya, majoritairement joué par des hommes. Les filles de Simangavole viennent des quatre coins de l’île et ont monté leur groupe en 1998. Elles font partie de cette jeune génération de "maloyèrs", qui insufflent une nouvelle énergie au maloya, le blues réunionnais de la canne à sucre. Plus habituées à chanter dans les kabars, les soirées traditionnelles du maloya, que sur les "podiums", comme on dit ici, Simangavole délivre un maloya brut, frais et tonique. Elles enregistrent actuellement leur premier album dans un studio des hauts de Saint-Denis. Pourvu qu’elles y gravent la même énergie !
Eglantine Chabasseur