samedi 26 janvier 2008
Immigration clandestine à Mayotte

C'est à bord d'un kwassa-kwassa, une barque traditionnelle que les émigrants ont tenté de rejoindre Mayotte
(Photo : AFP)
Colossal. C’est ainsi qu'un jeune homme étranger sans papier qualifie le nombre de Comoriens qui embarquent sur des Kwassa kwassa, des barques de sept mètres de long, afin de quitter l’île d’Anjouan aux Comores pour rejoindre clandestinement la petite île française de Mayotte.
Colossal en tout cas c’est le nombre d’expulsions qui est effectué chaque année depuis le territoire de Mayotte. En effet avec plus de 16 000 expulsions l’an dernier, on peut dire que la petite île de l’océan indien a expulsé près de 10% de sa population en 2007. Il en était de même en 2006. Oui, près de 10% des 180 000 habitants de ce bout de terre coincé entre l’Afrique et Madagascar sont expulsés chaque année. Vers les Comores pour l’immense majorité.
16 000 expulsions qui, au plan national s’additionnent, il faut le préciser, au près de 24 000 que revendique Brice Hortefeux, le ministre français de l’immigration, de l’identité nationale et du codéveloppement. Si on y ajoute les milliers de clandestins reconduits aux frontières de la Guyane française ce sont donc plutôt 50 000 personnes qui en 2007 ont été reconduites à l’une des frontières du territoire français.
Mais revenons à Mayotte. Cette petite île de l’archipel des Comores qui a choisi en 1974 de rejoindre la France plutôt que de partager le destin d’Anjouan, de Grande Comore et de Mohéli, ses trois sœurs et voisines. Mayotte attire. Avec un niveau de vie près de 10 fois supérieur à celui des trois îles voisines elle agit comme un aimant sur les jeunes et les travailleurs. Avec un hôpital moderne et des médecins bien formés, l’île accueille les malades et les femmes enceintes de l’ensemble de l’archipel. A tel point que 40% des patients du centre hospitalier sont en situation irrégulière et que sa maternité, avec 8000 naissances par an est la plus importante… d’Europe dit-on souvent. Mais Mayotte était aussi jusqu’en 1995 accessible sans visa aux habitants des autres îles des Comores. Et la tradition a toujours été de se déplacer en barque d’île en île. Sauf que depuis l’instauration de ce visa dit Balladur en 1995… l’entrée à Mayotte est devenu illégale.
On estime donc aujourd’hui que près d’un tiers de la population de Mayotte est en situation irrégulière. Et la lutte contre l’immigration clandestine est aujourd’hui le pivot de la politique locale. Moyens aériens, moyen maritimes patrouilles terrestres les mailles du filet se resserrent pour atteindre le chiffre colossal donc de 16 000 expulsions par an pour une population d’environ 180 000 habitants. Des expulsions qui bien souvent ne durent que peu de temps car les Comoriens à peine débarqués sur Anjouan, distante de 70 kilomètres, ne pensent qu’à remonter sur une des ces barques, les kwassa kwassa, qui toutes les nuits font clandestinement le voyage vers Mayotte. Il en coûte en moyenne entre 200 et 300 Euros par personne pour revenir avant de se faire… à nouveau expulser. Un mécanisme sans fin mais parfois très dangereux en raison des conditions de navigation dan l’océan Indien.
Un reportage d’Edouard Zambeaux