Paris
18/04/2005 -
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DJ Kitoko et DJ Polio sont en place, ils vont assurer l’échauffement du public qui fait son entrée. Kitoko lance les premières rafales de mots-clefs emblématiques du coupé-décalé : "s’envolement, sagacité, molare, bien galopper" ou encore des onomatopées telles que : "cricatacricatacricatacricata…bom bom !" Formellement, tout le coupé-décalé tient dans ce principe : une musique électronique enregistrée, et un animateur qui enchaîne des phrases interminables composées de mots et de sons visant à "ambiancer" la foule. La salle est désormais bondée. On appelle les artistes qui se sont égayés dans la salle, à rejoindre les coulisses pour que le show tant attendu démarre. Bref, tous les acteurs sont là – ou presque.
Manquent à l’appel deux habitués des nuits afro-parisiennes, Douk Saga et DJ Jacob, qui s’affichent pourtant comme les "concepteurs" du coupé-décalé.
Le son de "Paridjan"
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La rumeur sulfureuse qui accompagne nos jet-setteurs ne fait que s’amplifier lorsqu’ils débarquent dans les boîtes de nuits abidjanaises à bord de grosses voitures, cigare aux lèvres, arborant la griffe des grands couturiers. En sautoir, de grosses liasses de billets de banque qu’ils distribuent au DJ-louangeur, le reste étant littéralement jeté au hasard des danseurs. Dans le jargon du coupé-décalé, on appelle cela faire sa pro-dada (sa promotion) en travaillant les gens (en distribuant de grosses coupures).
Certes, on aurait aimé entendre la réponse des deux précurseurs, Douk Saga et DJ Jacob, sur ce point sémantique. Mais, bien qu’annoncés en tête d’affiche, ils brillent ce samedi soir par leur absence. Le premier aurait préféré, d’après les organisateurs, honorer un contrat plus juteux à Ndjamena, le second aurait raté son avion en provenance de Lagos. Le public ne semble pas en avoir pris ombrage, qui se démène sur une piste saturée de monde. Un à un, les DJs défilent sur la scène.
Coupé-décalé contre ndombolo
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Bref, avec son cocktail de louanges, de fric et de frime, le coupé décalé chasse résolument sur les terres du ndombolo, et parvient même à le supplanter en Afrique de l’ouest. Comme en RDCongo, les mots de l’actualité sont récupérés et vidés de leur sens immédiat pour n’en garder que le pouvoir évocateur et médiatique. Dans le monde de l’ambiance facile, Bill Clinton et Bill Gates habitent à Kinshasa, Arafat et le Mollah Omar entre Paris et Abidjan.
Pour clore ce parallèle, rappelons que ces deux tendances musicales ultra-populaires en Afrique francophone ont toutes deux explosé dans un contexte de crise. Comme si la crise générait d’elle-même le besoin d’un éphémère opium capable de l’éclipser.
"On a envie de danser, mais qu’est-ce qu’on apprend ?" interroge Célio du groupe de zouglou Les Garagistes, également à l’affiche de ce concert. Peu de choses, en effet. Mais tel n’était pas le propos de la soirée, qui fit - à grands renforts d’invités surprise (Magic System, Keisha, le 113…) - danser un public très jeune débordant amplement celui de la diaspora ivoirienne. Une jeunesse venue aussi fêter, avec Claudy Siar en maître de cérémonie, le dixième anniversaire de l’émission Couleurs Tropicales qui ouvre régulièrement au monde une fenêtre sur "Paridjan" et son coupé-décalé.
Vladimir Cagnolari
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