Paris
08/02/2005 -
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Avec Jean-Jacques Perrey et Michel Colombier, il partage cette singulière situation d’être français et de beaucoup plus travailler à l’étranger qu’en France. Perrey et Colombier comptent parmi les précurseurs de la musique électronique et l’Amérique leur a ouvert les bras, dans les années 60-70, pour la publicité, les films de science-fiction et des 33-tours avant-gardistes. Loussier, à la même époque, est peut-être le premier grand nom du crossover. Le crossover ? On pourrait traduire par "passage" presque autant que par "transgression" : pour l’industrie du disque, ce sont les enregistrements qui font passer un genre spécialisé ou élitiste auprès du grand public. En 1959, avec le disque Play Bach, Jacques Loussier donne à la musique de Jean-Sébastien Bach des couleurs et des libertés empruntées au jazz.
Les vieilles barbes de la critique classique comme les intégristes de la critique jazz ronchonnent, évidemment, mais le public suit : le premier 33-tours Play Bach, puis celui qui sort l’année suivante, vont être d’énormes succès dans le monde entier. En France, plus d’un million d’albums sont vendus. Curieusement, alors que partout on demande à Loussier de jouer sur scène ses novatrices variations sur la musique de Bach, personne ne semble y songer en France, à part quelques concerts çà et là. Alors le trio Play Bach va courir le monde, d’Europe en Amérique, d’Asie au Moyen-Orient, donnant jusqu’à 150 concerts par an.
Musiques de films
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Un autre succès viendra : Loussier écrit la musique du feuilleton Thierry la Fronde, en 1965, dont le générique va marquer toute une génération. Suivront des dizaines d’autres musiques pour la télévision (dont Rocambole et Noëlle aux Quatre vents) et pour le cinéma. Comme son confrère Michel Magne, il crée un grand studio d’enregistrement, en Provence, où viennent travailler Pink Floyd (pour une partie de l’album The Wall), Yes, Elton John, Sting, et où il enregistre ses musiques de film. Il a plus de soixante ans quand, dans les années 90, un label de disques lui propose de reprendre le chantier de ses improvisations jazz sur la musique classique. Une fois de plus, c’est à l’étranger : Jacques Loussier devient recording artist chez Telarc, à Cleveland aux États-Unis. Il enregistre des variations sur Bach puis sur Erik Satie, le Boléro de Ravel, les Variations Goldberg de Bach, Claude Debussy, une sélection de grands airs baroques, Haendel, Beethoven, les Nocturnes de Chopin : au moins un album par an, une performance en ces temps de sinistrose sur le marché du disque classique. Mais, là encore, la France tourne le dos à Loussier, dont les nouveaux enregistrements ne sont disponibles qu’en chiches contingents d’imports.
Bertrand Dicale
27/12/2007 -