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Biographie


Abd al Malik


Rappeur de la déconstruction, à l'image des philosophes qui nourrissent sa réflexion, Abd al Malik a apporté au monde du hip hop une esthétique nouvelle transcendant les genres musicaux avec son deuxième album solo "Gibraltar", sorti en 2006. Membre du groupe strasbourgeois NAP, le poète soufiste trentenaire a reçu de nombreux prix et son succès ne devrait pas fléchir avant un certain temps.



Abd al Malik naĂ®t RĂ©gis Fayette-Mikano le 14 mars 1975 Ă  Paris, de parents congolais. Après quatre annĂ©es passĂ©es Ă  Brazzaville, la famille revient en France en 1981 pour s’installer Ă  Strasbourg, dans le quartier du Neuhoff. Son adolescence est marquĂ©e par des actes de dĂ©linquance mais avide de savoir, il se montre bon Ă©lève Ă  l'Ă©cole. En quĂŞte de repères, son besoin de spiritualitĂ© le mène vers l’islam auquel il se convertit Ă  16 ans et devient Abd al Malik.

Il fonde rapidement avec cinq autres garçons de son quartier un groupe de rap, les New African Poets (NAP). "Trop beau pour ĂŞtre vrai", leur premier maxi autoproduit, sort en 1994. Après un album mort-nĂ© qu’ils ne parviennent pas Ă  commercialiser, ils ne se dĂ©couragent pas et leur effort se concrĂ©tise en 1996 avec "La Racaille sort un disque". Le bon accueil qui lui est rĂ©servĂ© lance la carrière de NAP qui enchaĂ®ne en 1998 avec "La Fin du monde". Quelques-uns des plus grands noms du rap français sont invitĂ©s : Faf La Rage, Shurik’n (IAM), Rocca (La Cliqua), Rockin’s Squat (Assassin).

Un troisième album, "A l’intérieur de nous", parait deux ans plus tard. La musique n’a pas détourné Abd al Malik de ses études qu’il mène de front jusqu’à la licence, suivant à l’université un double cursus de lettres classiques et de philosophie. Alors qu’il avait flirté un moment avec l’extrémisme sur le plan religieux, il a enfin trouvé ce qu’il cherchait dans la voie soufi au contact du sheikh marocain Sidi Hamza al Qâdiri Boutchichi qui devient son maître spirituel.

En 1999, il se marie avec la chanteuse r'n'b franco-marocaine Wallen. Naît de leur union un petit garçon en 2001, prénommé Muhammed.

2004 : "Le Face à face des cœurs"


En mars 2004, Abd al Malik sort son premier album solo, "Le Face Ă  face des cĹ“urs", qu’il dĂ©finit comme "un rendez-vous galant avec soi-mĂŞme " et dont le titre fait rĂ©fĂ©rence Ă  un ouvrage de l'intellectuel soufiste Faouzi Skali. Les quinze morceaux "audacieusement romantiques " sont prĂ©cĂ©dĂ©s par une courte interview, dirigĂ©e par la journaliste Pascale Clark, qui permet Ă  l’artiste de prĂ©senter sa dĂ©marche. AĂŻssa, de NAP, participe Ă  la plupart des morceaux. Parmi les autres invitĂ©s figurent Marco Prince, Souad Massi et Wallen (son Ă©pouse, chanteuse de R&B). La dernière chanson, "Que Dieu bĂ©nisse la France", avec Ariel Wizman, fait Ă©cho au livre que sort le rappeur simultanĂ©ment, "Qu’Allah bĂ©nisse la France", dans lequel il explique son cheminement personnel et dĂ©fend une conception d’un islam tolĂ©rant. L’ouvrage est rĂ©compensĂ© en Belgique par le prix Laurence-Trân.

A Bruxelles, la même année, le jeune homme découvre le slam au cours d’une session organisée par une association qui l’a invité. Séduit, il se promet d’intégrer cet élément à sa démarche artistique future.

2006 : "Gibraltar"


L’album qui paraĂ®t en juin 2006 est très Ă©loignĂ© du prĂ©cĂ©dent. Pour concevoir "Gibraltar", il lui a fallu dĂ©construire dans la forme la notion mĂŞme de rap, tout en restant hip hop. Ce Ă  quoi il aboutit ne ressemble Ă  rien d’autre : alliant la chanson, le jazz, le slam et le rap, ses morceaux ont une esthĂ©tique nouvelle. Si Bilal, membre du groupe NAP, signe la plupart des compositions, le pianiste GĂ©rard Jouannest Ă©crit trois pièces pour le rappeur. L’idĂ©e d’entrer en contact avec le pianiste de Brel lui vient en le voyant dans un reportage tĂ©lĂ©visĂ©. Tout en restant passionnĂ© par le rap, il s’est mis Ă  Ă©couter Brel attentivement depuis une dizaine d’annĂ©es, frappĂ© par sa force d’interprĂ©tation. Dès la première rencontre entre les deux hommes, le courant passe et Abd al Malik se met aussitĂ´t Ă  Ă©crire en Ă©coutant le pianiste jouer. D’autres musiciens d’horizons aussi peu habituels sur un disque de rap sont venus participer au projet : le bassiste Laurent Vernerey, l’accordĂ©oniste Marcel Azzola ou encore le batteur RĂ©gis Ceccarelli, impliquĂ© dans l’instrumentation des morceaux et dans le choix des samples provenant d’univers très variĂ©s (Keren Ann, Nina Simone, Fairuz…). Grâce Ă  cette construction musicale, la poĂ©sie qui Ă©mane des textes n’en devient que plus prenante.

Après "12 septembre 2001", premier extrait de l’album, un second simple sort en novembre 2006 : "Les Autres" est en fait une version revisitĂ©e de "Ces gens-lĂ ", de Jacques Brel.

Disque d’or en dĂ©cembre 2006, puis double Disque d’or en mars 2007, "Gibraltar" est plus qu’un succès commercial : après le Prix Constantin et le Prix de l’AcadĂ©mie Charles-Cros en 2006, l’album continue sa moisson en 2007 avec la Victoire de la musique dans la catĂ©gorie “musiques urbaines” et le Prix Raoul-Breton dĂ©cernĂ© par la Sacem.

En fĂ©vrier 2007, avec un quatuor jazz comprenant notamment Laurent De Wilde, Abd al Malik dĂ©marre une tournĂ©e qui va durer près de treize mois pour plus de cent concerts en France, en Belgique, en Suisse et au Canada ! Du Printemps de Bourges aux Francofolies (de La Rochelle, de Spa et de MontrĂ©al), en passant par Montreux, les EurockĂ©ennes ou Musiques mĂ©tisses, il aura participĂ© aux principaux festivals. En mars, il passe Ă  Paris Ă  la Cigale puis au Cirque d’Hiver.

Juin 2007


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