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Biographie


Sapho


Rockeuse de choc ou diva orientale, on hésite avant de faire un portrait définitif de Sapho. Rebelle de la première heure, voyageuse infatigable, elle parcourt le monde entier, de scène en scène, lieu incontesté de l'expression de son talent.



Sapho est née à Marrakech au Maroc le 10 janvier 1950. Issue d'une famille juive, elle passe son enfance et son adolescence dans ce pays jusqu’à l’âge de 16 ans, date de la décolonisation du Maroc. Avec ses parents, elle part pour la France, à Lyon d’abord, puis dans un pensionnat suisse.

A dix-huit ans, Sapho "monte" à Paris et s’inscrit à la faculté de lettres. Elle découvre le quartier quasi mythique de Saint-Germain-des-Prés et profite de sa nouvelle liberté. Persuadée d’avoir trouvé sa voie dans le théâtre, elle suit quelques temps les cours du grand metteur en scène français Antoine Vitez. En même temps, elle joue un peu de guitare dans les rues parisiennes. Un de ses amis, Hervé Cristiani (qui se fera connaître dans les années 80 avec quelques tubes) l’emmène auditionner au Petit Conservatoire de Mireille, figure légendaire de la chanson française. Elle se fait passer pour une québécoise sous le pseudonyme de Bergamote et commence alors à écrire des chansons pour ce personnage préfabriqué.

Ayant définitivement abandonné ses ambitions théâtrales, la jeune femme qui prend dorénavant le pseudonyme de Sapho, du nom de la poétesse grecque, entame la tournée des maisons de disques. Pari réussi puisqu’elle signe un premier album (chez RCA) en 77, "Le balayeur du Rex". Ce premier essai, s’il n’est pas forcément convaincant voit en tout cas émerger une artiste à la personnalité particulière et forte.

New York et Londres


Après quelques essais scéniques, elle part à New York pour écrire une série d’articles pour le compte du magazine Actuel. Elle rencontre sur place des musiciens et monte un groupe éphémère. Elle tourne même dans quelques clubs underground de la région. Elle reste en fait un an dans la grande ville américaine. Trois ans après son premier disque, elle enregistre à Londres un nouvel album "Janis". De nature révoltée, Sapho propose un rock agressif dont les influences viennent évidemment de la musique américaine de la fin des années 60, des Doors à Janis Joplin. Son apparence est à l’image de ce qu’elle chante. Teint de porcelaine, lèvres peintes en noir et cheveux hirsutes deviennent les signes de reconnaissance de la chanteuse.

A partir de là, elle enchaîne d’ailleurs l’enregistrement d’albums, "le Paris stupide" en 81, suivi en 82, du "Passage d’enfer" et de "Barbarie" en 83, le tout chez Pathé Marconi. Sapho s’exprime, elle démonte le racisme et s’en prend au machisme. Elle a le courage de ses opinions. Ecrire est chez elle un acte important. Elle choisit aussi la littérature et donc la fiction pour parler de ce qui lui tient à cœur. En 82, sort son premier roman "Douce Violence" (chez Ramsay).

Dès ses premiers albums, elle monte sur scène, où elle montre un certain côté exubérant voire exhibitionniste. En 80, elle se produit au Bataclan à Paris. Elle entreprend par la suite, des tournées aux Etats-Unis, au Japon (première fois en 83), au Canada et en Allemagne.

De retour en France, elle n’a plus de maison de disques. Elle en profite pour sortir un recueil de dessins intitulé "Sous la coupole" (chez Ultramarine).

Passions


Elle enregistre tout de mĂŞme un nouvel album  "Passions, passons" en 85 sous la direction de Peter Murray. Le disque sort en novembre sur le label Antigel/CelluloĂŻd. D’aucuns prĂ©tendent que c’est le plus abouti. C’est aussi celui sur lequel la chanteuse Ă©tiquetĂ©e rock jusqu’ici, retrouve ses racines, le monde judĂ©o-arabe dans lequel elle a grandi mais que depuis son arrivĂ©e Ă  Paris, elle avait un peu oubliĂ©. Elle se produit au Bataclan Ă  Paris du 17 au 27 septembre 86. Au programme du rock Ă©videmment, mais aussi un hommage Ă  la musique Ă©gyptienne avec des airs de la diva Oum Kalthoum. Un double album live sera publiĂ© un peu plus tard.

Juste après la sortie de son nouveau roman "Ils prĂ©fĂ©raient la lune" en janvier 87, elle se marie en fĂ©vrier Ă  Oaxaca au Mexique avec un homme d'affaire. En octobre, la chanteuse sort un album "El sol y la luna" (chez EPM) du nom d'une des boĂ®tes que l'on trouve dans cette ville.  Les thèmes Ă©voquĂ©s montrent une fois de plus son engagement personnel quasi-politique, sa sensibilitĂ© Ă  l'Ă©gard des problèmes de pauvretĂ©, des droits de l'Homme et des droits des femmes.

Elle se produit à Paris dans la mythique salle de l'Olympia du 12 au 17 janvier 88, avec en plus de ses musiciens habituels, un groupe de Gnawas (confrérie mystique, descendante des esclaves noirs) venus spécialement du Maroc. Jusqu'en mars, elle part en tournée en France puis s'embarque pour les Pays-Bas, la Scandinavie, l'Allemagne, le Japon (évidemment), l'Argentine et le Canada. Entre temps, elle participe à un opéra contemporain de Michael Levinas "La conférence des oiseaux". L'année suivante, elle se rend à Tel-Aviv en Israël pour filmer les enfants de l'Intifada. "Discours à la mer" ne trouvera pas de distributeur mais l'engagement de l'artiste pour la cause palestinienne devient de plus en plus important. Elle rencontre même le dirigeant palestinien Yasser Arafat en visite à Paris en mai 89 et lui dédie un poème. Mais ses activités sont multiples et en 90, sort son nouveau roman aux éditions Balland, "Un mensonge". Cette année-là, elle tient aussi le rôle de Jenny dans l'opéra de Bertold Brecht et Kurt Weill "L'Opera de quat'sous".

Sapho fait sa rentrée musicale en octobre 91 avec un album et un spectacle (à la Cigale à Paris) intitulés "La traversée du désir". Album enregistré à Rabat au Maroc, à Berlin en Allemagne et à Lille en France. Chanté en arabe, en français et en anglais. Les influences musicales sont toujours aussi diverses et les textes souvent engagés, pleins de poésie, mais la maturité aidant, l'artiste se veut plus précise, donnant ainsi plus de puissance à son œuvre. "La Chanteuse du monde", comme elle dit elle-même, part ensuite en tournée internationale.

El Atlal


Toujours partante pour de nouveaux défis, voire de nouvelles aventures, Sapho se produit les 29 et 30 mai 92 pour deux concerts exceptionnels au Théâtre de la Ville à Paris où elle interprète notamment une partie de "El Atlal" (Les ruines), morceau phare du répertoire d'Oum Kalthoum. Cet exercice périlleux (il n'est pas question d'imiter la diva égyptienne mais de donner une "lecture" personnelle" du morceau) est une véritable réussite artistique.

Elle reprend en 93 le spectacle "la Traversée du désir" et se produit aux Eurockéennes de Belfort, aux Francofolies de la Rochelle et de Bulgarie ainsi qu'à l'Exposition Universelle de Séville.

Les 18 et 19 mars 94, elle enregistre sur la scène du Bataclan à Paris, "El Atlal". Elle part ensuite pour Jerusalem et participe au Festival culturel annuel de la Ville Sainte. L'organisation du concert n'est pas facile. Chanter Oum Kalthoum en Israël est loin d'être une évidence mais la chanteuse déclare "Pour moi le fait de chanter El Atlal à Jerusalem est un acte politique qui me permet de crier mon désir de paix". Elle gagne son pari car Palestiniens et Israéliens viennent danser ensemble sur la scène sur laquelle elle chante. L'année suivante, elle effectue une tournée européenne avec le même "El Atlal". Elle sort aussi un nouveau roman "Patio, opéra intime" aux éditions Stock.

Difficile après l'expérience de "El Atlal" de reprendre le chemin classique de la variété-rock. Pourtant Sapho imagine un nouvel album qui sort en mai 96 "Jardin andalou". Ce jardin musical renferme des sonorités différentes, souvent acoustiques, d'influence arabe, andalouse avec quelques incursions rock. A la fin de l'année, elle se produit dans une salle parisienne, le Trianon du 5 au 16 novembre.

Sheikhates et techno-house


Infatigable et toujours à la recherche de projets novateurs, Sapho envisage de faire connaître les Sheikhates, chanteuses maghrébines traditionnelles et femmes de mauvaises vies qui chantent dans les fêtes et les mariages. Avec l'aide de Pat Jabbar responsable du label suisse Baraka, elle enregistre des morceaux en français et en arabe à Casablanca en compagnie de ces chanteuses. Après un passage par Bâle en Suisse pour quelques mix techno, ambient ou house ainsi que quatre titres produits par le célèbre Bill Laswell à New York, le résultat final "Digital Sheikha" est très surprenant et peu conventionnel. L'album que le label de Jabbar qualifie d"ethno-dance" sort en 97 et déroute une partie du public.

Militante depuis maintenant de nombreuses années pour le rapprochement israélo-palestinien, Sapho se produit en mars 98 à Gaza, territoire palestinien occupé par Israël. La situation est tendue et les conditions dans lesquelles se déroule le spectacle sont difficiles. Pourtant la chanteuse est déterminée. Le succès qu'elle rencontre à cette occasion, ne fait que confirmer ses sentiments et ses opinions. A son retour, Sapho donne un cours, une "master-class", au Centre des Musiques Actuelles. Elle y a passé six jours avec une douzaine de stagiaires avec lesquels elle a composé quelques titres et préparé un concert.

Deux ans après "Jardin andalou", Sapho retrouve la chaleur du Maghreb via son un tout nouvel album, "La Route nue des hirondelles". Quelques semaines plus tard, c'est un ouvrage, "Beaucoup autour de rien", que sort la chanteuse. Elle y évoque sa ville natale, Marrakech.

Tours et voyages


A l'automne 99, Sapho prĂ©sente un spectacle inspirĂ© de son album Ă  l'Auditorium Saint-Germain Ă  Paris. En 2000, elle le mène Ă  travers la France, les Pays-Bas (8 fĂ©vrier) et la Suisse (11 au 15 avril). Mais Ă©galement au Maroc oĂą elle visite cinq villes.  Elle participe au 25ème anniversaire du PalĂ©o festival de Nyon en Suisse. Puis on la retrouve Ă  la rentrĂ©e mais dans un tout autre rĂ´le, celui de comĂ©dienne et lectrice. En effet, invitĂ©e par la Maison de la poĂ©sie Ă  Paris, la chanteuse se lance dans un spectacle consacrĂ© aux textes et poèmes de quatre auteurs, Garcia Lorca, Rilke, Baudelaire et Henri Michaud. Mais le principe est de dire et non de chanter. C'est ainsi que du 21 septembre au 29 octobre, elle se lance Ă  corps perdu dans cet exercice qu'elle rĂ©ussit avec brio. Elle reprend ce spectacle singulier en mars 2001.

Au printemps 2001, Sapho visite les Pays-Bas et la Belgique avec "El Atlal" puis l'Allemagne ave "la Route nue des hirondelles". Enfin, elle est au Québec en juillet, d'une part pour l'ouverture des Jeux de la francophonie puis pour le Festival d'été de Québec. Le 5 octobre, cette femme engagée est présente lors du concert anniversaire de l'abolition de la peine de mort en France. Elle partage l'affiche avec Jane Birkin et Cheb Mami.

En mars 2002, la chanteuse donne quelques concerts en Afrique : les 22 février et 1er mars au Sénégal, le 25 février en Mauritanie et le 5 mars à Conakry en Guinée. Puis, elle part au Moyen Orient au mois de mai : les 9 & 10, elle se produit à Bagdad et le 18 à Nazareth. Le succès rencontré est immense.

Orients


Après cette tournĂ©e au Moyen Orient, elle entreprend l'enregistrement d'un nouvel album Orients, pour lequel elle rĂ©unit l'orchestre de Nazareth, grand orchestre oriental composĂ© de vingt musiciens musulmans, juifs et chrĂ©tiens et des artistes fĂ©rus de nouvelles technologies avec les synthĂ©tiseurs de Richard Mortier et Simon Bendahan. Le guitariste flamenco Vicente Almaraz complète le groupe. Elle confie Ă  un de ses amis chefs d'orchestres libanais, Elie Askhar, la rĂ©alisation du disque.

L'album sort en fĂ©vrier 2003. La première reprĂ©sentation de cet opus se fait fin janvier Ă  Chalon sur SaĂ´ne avec les artistes ayant participĂ© Ă  l'Ă©laboration de l'album. Le spectacle est prĂ©sentĂ© au Théâtre National de Chaillot du 7 au 9 fĂ©vrier avant une tournĂ©e française prĂ©vue jusqu'Ă  la fin mars. Les 18 et 19 juillet, c'est Ă  l'Institut du Monde Arabe Ă  Paris, qu'elle se produit accompagnĂ©e de l'Orchestre de Nazareth.

Véritable artiste polyvalente, de la chanson à la littérature, Sapho prouve chaque fois qu'elle le peut, que "l'Art n'est pas gratuit". Elle mêle depuis toujours, carrière artistique et défense des causes qu'elle croit justes.

DĂ©but 2004, Sapho devient ambassadrice de la cause fĂ©minine en endossant les paroles de femmes du monde entier Ă  propos d’un sujet plutĂ´t tabou. Aux cĂ´tĂ©s de Nicole Calfan et Esse Lawson, elle joue en effet pendant un mois "Les Monologues du Vagin", une pièce de Eve Ensler qui a Ă©tĂ© Ă  ce jour traduite en 26 langues. Les textes, extraits de paroles de femmes du monde entier, dĂ©mystifient l’organe fĂ©minin, dans ce qu’il y a de plus drĂ´le, cru, tendre, en tous cas, rĂ©aliste.

En mars 2004, Sapho publie un recueil de poèmes où elle décline le chiffre 7, "Le livre des 14 semaines". Elle fait des lectures chantées de ses poèmes et renoue grâce à cet ouvrage avec un plaisir d’écriture longtemps délaissé.

Solidaire des femmes et définitivement au service de la liberté d’expression, Sapho participe le 14 février 2005 à l’Olympia au concert de soutien à Florence Aubenas, Hussein Hanoun et Giulana, alors otages en Irak, aux côtés de nombreux artistes et personnalités internationales.

De retour en terre méditerranéenne, Sapho interprète son spectacle "Orients" le 19 juin à Oran et le 21 juin à Alger lors la fête de la musique 2005, suite à une invitation des Centres culturels Français d’Algérie. Elle y remporte un grand succès.

Ferré et flamenco


Mais l’artiste sans frontières part encore à la conquête d’un nouveau défi à l’automne 2005. Elle entreprend du 19 octobre au 20 novembre à La maison de la Poésie de Paris de reprendre les chansons d’un grand poète de l’histoire de la chanson française, Léo Ferré, qu’elle revisite façon flamenco. Elle chante ses mises en musique des poèmes d’Aragon, de Verlaine, Rimbaud ou Baudelaire, mais aussi les grands classiques de Ferré, comme "Avec le Temps", qu’elle interprète en arabe. Dans un décor dépouillé, avec Vicente Almaraz à la guitare flamenca, elle réussit avec brio cette expérience en forme de défi.

A l'initiative de l'ambassade de France en Egypte, Sapho est invitée à se produire avec ce nouveau spectacle à Alexandrie le 9 decembre et au Caire le 11.

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Véritable artiste polyvalente, de la chanson à la littérature, Sapho prouve chaque fois qu'elle le peut, que "l'Art n'est pas gratuit". Elle mêle depuis toujours, carrière artistique et défense des causes qu'elle croit justes.

Décembre 2005


© RFI Musique
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