Biographie
Inscrite en hypokhâgne, elle décide de tâter de la comédie. Elle prend des cours de théâtre - où elle croise notamment Laurent Lucas que l'on verra plus tard dans le film de Dominik Moll, "Harry, un ami qui vous veut du bien" (2000) - mais renonce rapidement : "Ça manquait de spontanéité, on parlait de Tchekov pendant des heures au fond d'un café et quand on se décidait à répéter, il était 3 heures du mat'… ".
Premiers essais musicaux
Exit les planches, Clarika s'inscrit rue Ballu au cours du Studio des Variétés. A cette époque, elle rencontre Jean-Jacques Nyssen, chanteur et musicien belge. Le coup de foudre est sentimental mais également artistique. La petite brune au nez en trompette et au caractère bien trempé et le petit timide perdant ses cheveux décident de travailler ensemble. Plusieurs maquettes, de nombreuses cassettes… Le tout est envoyé aux maisons de disques qui font la sourde oreille. François Hadji-Lazaro qui dirige le label indépendant Boucherie Production est interpellé par la voix de la jeune fille. Comme il a décidé de lancer un label chanson "Chantons sous la truie", il signe le premier album en 1994 : "J'attendrai pas cent ans".
La pochette de l'album traduit bien le caractère de la donzelle. Sur la photo, mains sur les hanches, les cheveux en pagaille, Clarika, hautaine, défie du regard le monde entier tandis que son Nyssen d'homme roupille paisiblement à l'arrière-plan. D'ailleurs, le titre qui tourne à l'époque sur les ondes s'appelle "Tu dors tout l'temps". Une chanson douce-amère qui mélange avec poésie une scène de vie quotidienne, la rancœur du désir inassouvi et l'ironie amoureuse d'un couple qui s'entend à merveille. Car les vers modernes de Clarika (n'est-elle pas la fille d'un poète hongrois Istvan Keszei et d'une prof de lettres) se marient parfaitement avec les orchestrations de Nyssen qui manie aussi bien les cordes que l'accordéon, les casseroles, le biniou ou le ukulélé…
Les thèmes abordés dans ce premier album révèlent une certaine noirceur d'âme : la folie et la mort dans "Un peu bizarre", les rêves désabusés d'Eden ou de monde meilleur dans "Mon bel héros", "Superwoman" mais aussi la nostalgie de l'enfance dans "Margot" où les règlements de compte à la récré ne sont pas sans rappeler le "J'ai dix ans" de Souchon. D'ailleurs, la chanteuse revendique le chanteur "bidon" au rang de ses inspirations : "Je me sens assez proche de lui. Et puis, j'aime dans la chanson son côté populaire, qu'elle soit accessible à tous. Et que de ces mots naisse une véritable complicité". Cette complicité sera assouvie avec un public amateur de ses chansons ironiques et acides qui cachent une véritable tendresse.
Clarika se produit à Paris, notamment au Sentier des Halles ou au Lucernaire où se retrouvent les admirateurs. Puis elle triomphe en formation acoustique au festival des Francofolies de La Rochelle en juillet 93. Le bouche à oreille fonctionne tant et si bien chez les professionnels que Sony propose de récupérer l'artiste en son giron.
Deuxième album
En 1996, sort "Ça s'peut pas". L'album, grâce notamment à l'intervention de Dominique Blanc-Francard comme producteur artistique et de moyens plus importants, prend de l'épaisseur musicale. L'acidité devient acidulée, mais les thèmes restent les mêmes. Les rapports garçons/filles sont exacerbés notamment avec la chanson phare, "Beau comme garçon" aux paroles définitives pour les play-boys des bacs à sable : "T'es beau comme garçon / Mais y'a tant d'air dans ta tête / Qu'on peut y faire de l'avion". Les bellâtres sont K.O. debout et le public se lève pour applaudir la chanteuse.
Clarika devient la figure de proue d'une chanson qui n'a pas droit à l'exposition des grands médias télé ou radio mais qui draine avec elle toute une génération de jeunes artistes renouvelant le genre : Mano Solo (dont le guitariste Jean-Louis Solans joue sur le premier album de Clarika), Les Elles, Rachel des Bois ou la Grande Sophie qui fait souvent les chœurs pour Clarika et Nyssen. La presse spécialisée s'empare de la petite chanteuse, phénoménale de talent… Tous saluent le bagou et l'ironie de Clarika qui sur scène comme sur disque, rend hommage en une même chanson aux Bee Gees et à France Gall. Elle mélange les chœurs des uns avec les paroles de l'autre sur "J'suis game over" : "Résistes / Prouves que tu existes".
A la vacuité d'un quotidien déprimant, Clarika enchaîne la plus belle des déclarations d'amour. C'est "Non, ça s'peut pas" : "On se dévore des yeux / Sous la lune sanguine / Et on se croit plus malin / Et on a peur de rien". Ce n'est pas tant la qualité du verbe que son interprétation qui conquiert le public. La chanteuse est désarmante de naturelle sur scène comme hors de scène et la cloison entre vie artistique et vie publique est si ténue que parfois les deux se confondent. Tant et si bien que Jean-Jacques Nyssen reprend à son compte cette chanson et la détourne (autodérision permanente du couple) en une bouillie pré-technoïde sur son propre album "Le parcours" en 1999.
Premier prix
En 98, Clarika reçoit au festival des Francofolies le prix Félix Leclerc du meilleur jeune auteur. L'aura de Clarika prend de l'ampleur et on l'invite désormais aux grand' messes caritatives et discographiques. C'est ainsi qu'elle écrit pour Sol en si "L'Océan des Possibles" qu'elle interprète en duo avec un autre chanteur d'origine hongroise, Michel Jonasz.
Après une préparation en résidence-chanson au Théâtre d'Ivry en banlieue parisienne, "La fille, tu sais" est le troisième album enregistré en 2001, par Clarika, toujours avec la complicité de Jean-Jacques Nyssen. L'album s'ouvre sur une chanson sulfureuse et comique, "Les garçons dans les vestiaires". Clarika y fantasme, le sourire aux lèvres, sur les désirs et les délires des garçons sous la douche. D'ailleurs, la chanson donnera lieu à un clip en petite tenue, tourné avec les joueurs de rugby du Stade français, réputés pour leurs poses suggestives dans des calendriers sexy.
Des ambiances de stade, Clarika revient à ses origines magyares avec "Heureux" où l'accompagnement est assuré par les Moujiks. Puis évoque les amours saphiques de "Deux Anglaises" à l'aide d'une simple guitare, d'un accordéon et d'une voix qui jamais ne se dépare de cet émouvant vibrato de jeune fille fatiguée.
En 2001, Clarika participe à l'album compilation "Ma chanson d'enfance" où elle reprend "La ballade irlandaise" immortalisée par Bourvil. On peut aussi l'entendre sur le dessin animé "Bécassine, le trésor des Vikings" de Philippe Vidal pour lequel elle interprète "Etre un ami pour la vie".
"Joker"
Il faut attendre 2005 pour voir le véritable retour de la chanteuse. Elle se produit en première partie de Zazie dans son "Rodeo Tour" de juin à septembre. Mais c'est avec "Joker", un album qui sort en septembre que Clarika refait surface. Elle signe la plupart des textes. Souvent drôle, cultivant allègrement le double sens, la jeune femme parle de la vie avec des mots simples mais percutants. Les compositions sont assurées dans leur grande majorité par le fidèle Jean-Jacques Nyssen. Il faut noter la présence sur cet album de deux chansons plus anciennes, deux duos : "L'océan des possibles" avec Michel Jonasz et "Non, ça s'peut pas" avec Bernard Lavilliers.
La jeune femme propose un spectacle Ă Paris au Divan du Monde Ă Paris du 15 au 19 novembre.
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Maniant espièglerie et passion, cynisme et tendresse, Clarika, sous couvert de son image de jeune fille gentiment foldingue s'est imposée en trois albums comme l'étalon, en France, d'une chanson toujours vive et alerte.
Octobre 2005
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29/09/2005 -Â
26/03/2001 -Â